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Hey there! : Reha Erdem se réinvente

Istanbul est confinée. Felek et Kerim ont un plan : infiltrer l’ordinateur personnel des gens chez eux en prétendant faire partie du gouvernement et les faire chanter à cause de leurs « crimes ». Mais nous sommes à Istanbul, et à Istanbul, il existe des gens de toutes sortes…

Reha Erdem nous a davantage habitués à des films mélancoliques où la nature est omniprésente – Kosmos, Big Big World, Singing Women. Face au contexte de confinement en Turquie, il signe cette année un film burlesque représentant neuf personnages en huit-clos dans leur appartement et en caméras interposées.

« Il n’y a pas de personnes sans crimes ». C’est de cette manière que Felek conçoit le monde qui l’entoure. Il n’a donc aucun scrupule à hacker l’ordinateur d’inconnus renseignés par Kerim, son associé qui garde l’argent des rançons pour lui seul…
Le film est d’une certaine manière une allusion politique à la Turquie d’Erdogan où la police d’Etat engendre la corruption « officielle » et implicite. Felek se dissimule derrière l’identité d’un dirigeant d’état de la « 4ème division » qui donnerait aux victimes l’argent de fraudes fiscales.

Mais Hey there ! (Seni Buldum Ya!) est avant tout un film sur l’importance du contact social dans une société confinée. Par visioconférences intrusives dans le quotidien des protagonistes auxquels il exige une rançon, Felek est à la fois hackeur mais aussi oreille attentive. De la femme qui se confie sur son contexte familial à la riche femme prête à dénoncer tout son portefeuille d’amis pour faire partir de la 4ème division ou encore à l’académicienne qui avoue ses torts commis sans que nous lui demandions. Quand un protagoniste pose des questions à Felek sur la 4ème division, celui-ci est incapable de répondre de manière intelligible. Mauvais hackeur au grand cœur il finira par tomber amoureux par écrans interposés.

Les allusions à la covid-19 sont toutefois rares, si ce n’est pour renforcer le côté humoristique du film avec Kerim qui élude les plaintes de Felek en simulant de nouvelles funérailles d’un proche. Même la peur du virus est rendue légère dans sa manière d’être montrée : Felek qui avant chaque visioconférence se met du gel hydroalcoolique sur les mains, ou encore sa manière de porter un masque pendant la seule scène tournée en extérieur.

En suivant le quotidien de cet hackeur raté qui n’arrive pas à récupérer l’argent de ces fraudes, Reha Erdem signe un long-métrage aux antipodes de son cinéma habituel. Le long-métrage semble réellement filmé via les caméras des ordinateurs respectifs des protagonistes, donnant une image particulièrement mauvaise au long-métrage. Les acteurs en revanche sont excellents et nous prouvent qu’il suffit quelques fois d’un scénario original et d’une belle performance pour réaliser un film qui marche. Si le réalisateur nous montre que nous sommes capables de nous adapter, Hey there ! est une comédie rafraichissante que nous espérons néanmoins rester davantage un joli OFNI qu’un nouveau genre cinématographique à venir.

Coproduit par MUBI, le film est à voir sur la plateforme VOD.  

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