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Anna Karina, l’actrice « nouvelle vague »

Dernière mise à jour 22 décembre, 2019

Avec Jean Seberg, elle était probablement l’actrice de la nouvelle vague la plus iconique, le pendant féminin pour Godard de ce que pouvait être Léaud pour Truffaut, une actrice muse, un double à l’écran par lequel faire passer ses propres messages, ses envies de cinéma. Sa beauté ravageuse avait séduit Jean-Luc le fou, dés son plus jeune âge. Son regard perçant, facétieux, si clair, par lequel se lisait sans fard la moindre émotion n’avait assurément nul égal, presqu’aussi emblématique que le violet qui se dégageait des yeux de Liz Taylor.

Née Hanne Karin Bayer, au Danemark, elle fut littéralement découverte par Godard, avant que Gainsbourg ne rebondisse également sur son charme et son talent pour lui écrire quelques succès musicaux. A 17 ans, elle débarque à Paris, fuyant un climat familial qui ne lui convenait guère, rencontre Coco Chanel qui lui suggère son nom de scène, et pose pour le magazine Elle. Godard tombe amoureux probablement dés ces premiers clichés. Il pensait à elle déjà en 1959 pour un petit rôle dénudé dans A bout de souffle, mais elle s’y refusa. Un an plus tard, elle sera au casting [de son] Petit soldat, dont elle tient le rôle féminin phare aux côtés de Michel Subor. Michel Deville, à son tour, tombe sous le charme et lui confie le premier rôle de son film Ce soir ou jamais, dans le rôle de Valérie qui se voit donner une chance inespérée d’obtenir un rôle dans une comédie musicale.

La consécration et la naissance du phénomène Anna Karina arriveront peu après, tout d’abord avec Une femme est une femme, ôde de Jean-Luc Godard à sa future épouse, qu’il entoure pour l’occasion de Jean-Paul Belmondo et de Jean-Luc Brialy, en galop d’essai à un autre chef d’oeuvre incontesté de la nouvelle vague, Pierrot le fou, qu’elle tournera en 1965, au sommet de sa gloire. Malgré sa réception critique contrastée, Une femme est une femme lui vaudra une récompense de meilleure actrice à Berlin. Car entre deux films de Godard qui n’aura plus d’yeux que pour elle (Vivre sa vie, Bande à part avant Pierrot, le fou), Anna Karina sera omniprésente sur les écrans, contactée par de nombreux réalisateurs qui comptent, comme Agnès Varda qui lui confie un petit rôle dans Cléo de 5 à 7, Chris Marker (Le joli Mai), Baratier (Dragées au poivre), Vadim (La ronde), et même Zurlini (La soldatesse).

Pierrot le fou, lui vaudra une renommée et une consécration internationale, qui lui ouvrira encore de nouvelles portes. Car si Godard lui propose Alphaville, ou Made in USA, on la retrouve également en tête d’affiche -son interprétation y étant remarquable- du très controversé à l’époque Suzanne Simonin, la religieuse de Diderot de Jacques Rivette, ou encore au casting de L’étranger de Visconti (1965), Justine de George Cukor (1969) ou du Michael Kolhaas de Völker Schlondorff (1969) . La fin des années 60 et le début des 70 marqueront l’apogée de la carrière cinématographique d’Anna Karina, qui prendra ensuite une direction plus intimiste, voire plus expérimentale.

Si sa filmographie semble comporter un léger trou entre 66 et 69, la raison se trouve tout à la fois dans la vie personnelle de l’actrice, mais aussi dans le projet de comédie musicale Anna, aux airs écrits entre autres par S. Gainsbourg, qui lui vaudra un véritable succès commercial avec le titre Sous le soleil exactement, qu’elle interprète sur les plateaux télévisés. Godard, le premier, avait tenu à utiliser ses talents de chanteuse, avec différents titres dans Pierrot le fou (Ma ligne de chance par exemple), mais aussi dés Une femme est une femme avec la chanson d’Angela.

La passion entre Godard et Karina fut forte, et leur relation, tumultueuse, comme en atteste par exemple, l’enregistrement de l’émission Bains de minuit de Thierry Ardisson, 20 ans après leur séparation: les deux s’étaient ainsi retrouvés sur un plateau télévisé, où les blessures se faisaient encore vives, avec un Godard très souvent à la limite de la correction.

«C’était quelqu’un qui pouvait dire «Je vais chercher des cigarettes» puis revenait trois semaines plus tard. C’était une époque où il n’y avait ni smartphone, ni répondeur», dit-elle de lui en 2018. Leur relation fut aussi marquée par un drame, la perte de l’enfant qu’elle portait

Un autre pan de la vie sentimentale d’Anna Karina, fut aussi montré à l’écran, de façon autobiographique et intéressante, par elle même, dans Vivre ensemble, ressorti en salle l’année dernière:

Outre la relation passionnée avec Godard, dont elle divorcera en 1967, Anna Karina se sera mariée plusieurs fois avec des cinéastes ou des acteurs, comme Pierre Fabre entre 1968 et 1974, Daniel Duval entre 1978 et 1981 et dernièrement en 1982 à Dennis Berry, qui fut un temps l’époux de Jean Seberg.

L’actrice Anna Karina et son époux, le cinéaste Pierre Fabre, photographiés après la cérémonie devant la Mairie du Ve arrondissement à Paris, France le 12 février 1968. (Photo by Keystone-France/Gamma-Rapho via Getty Images)
Archives du mariage d’Anna Karina avec Daniel Duval

Les années 70, disions-nous, marquèrent un tournant dans la carrière cinématographique de la belle. En premier lieu, elle passa derrière la caméra et chercha à s’affirmer en tant que cinéaste, puis on la voit prendre des risques comme actrice et multiplier les expériences. Elle joue par exemple pour Fassbinder (Roulette Chinoise, 1976), pour Márta Mészáros (Comme chez nous, 1978) ou Benoit Jacquot (L’assassin musicien, 1976) mais aussi pour un réalisateur plus connu pour ses films érotiques de seconde zone comme Jean-François Davy … En tout cas, après Made in Usa et Le plus vieux métier du monde tous deux en 1966, elle ne tournera plus jamais pour Godard.

Si, par la suite, elle tourna de nouveau pour Raoul Ruiz (L’île au trésor, 1985) Rivette (Hauts bas fragile, 1994), Jonathan Demme (La vérité sur Charlie, 2004) et quelques autres, elle ne connût plus jamais le succès de ses grandes années godardiennes.

En 2017, son mari Dennis Berry lui consacre un documentaire Anna Karina, souviens-toi présenté au Festival Lumière de Lyon dont elle était l’invitée d’honneur.

Étrangement oubliée par les récompenses nationales (Elle ne fut nommé aux Césars qu’une seule fois, pour un second rôle dans un film d’Alain Maline de 1987, Cayenne Palace, le César revenant au final à Dominique Lavanant), la postérité retiendra son Ours d’argent à la Berlinale pour son interprétation dans Une femme est une femme et le prix Henry Langlois qui lui fut décerné en 2014 pour l’ensemble de sa carrière.

La manière la plus élégante de lui rendre hommage reste probablement en chansons, à travers ses propres titres …

Anna Karina s’est éteinte ce samedi 14 Décembre des suites de  complications post-opératoires suite à une rupture musculaire .

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