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Mignonnes – pas tant que ça …

Dernière mise à jour 31 août, 2020

Avec Fathia Youssouf Abdillahi, Media El Aidi, Esther Gohourou
Amy, 11 ans, rencontre un groupe de danseuses appelé : Les Mignonnes. Fascinée, elle s’initie à une danse sensuelle, dans l’espoir d’intégrer leur bande et de fuir un bouleversement familial…

Mignonnes fait parti de ses quelques films qui nous divisent, en ce qu’il comporte du très bon comme du maladroit, du maîtrisé et assumé, comme du négligé. Aux Etats-Unis, plus exactement à Sundance, le film a su séduire le jury, puisqu’il est reparti du festival avec Prix de la meilleure réalisation.

Dévoilons-le, le parti-pris de la réalisatrice est osé: mener de front deux critiques de la société, qui en apparence semblent opposés mais peuvent se rejoindre, tout en feignant le feel good movie. D’un côté le traditionalisme, l »éducation religieuse stricte, sévère, moralisatrice, de l’autre, l’hyper-sexualisation, la perte de limites, la promesse de la liberté et de réussite facile, mais aussi la perte de valeurs morales.

Si la critique de l’attitude – et de l’époque – moralisatrice se lit aisément, le film interroge voire dérange, en ce qu’il porte un regard faussement sympathique sur l’attitude émancipatrice qui conduit l’héroïne Amy, à franchir des barrières insoupçonnées au départ. De sorte, le jugement moral sur les actes de cette dernière appartient totalement au spectateur, laissé libre, ou potentiellement dérouté.

Sur des thèmes sensiblement similaires, un photographe comme Larry Clarke se serait servi de ses objectifs pour immiscer le spectateur avec lui dans le quotidien, et se serait évertué à le rendre le plus réaliste possible, pour mieux en faire ressortir son caractère intime. Son acolyte Harmony Corine, lui se serait servi du sensationnel, pour de façon provocatrice, proposer un univers hautement coloré, mais où les intentions filmiques restent claires: montrer une situation dangereuse, un dysfonctionnement. Avec Mignonnes, au titre volontairement rose-bonbon, dans la lignée de la photographie, le regard porté ne se laisse pas saisir. Faut-il y voir de la naïveté ? une intention de minimiser l’aspect « sensible » avec une volonté de relativiser, de rapprocher les contraires ? une provocation bien plus subtile qu’il n’y paraît ? Cri de colère, rage d’observer une société à deux vitesses, tentative d’analyse psycho-sociale ou, au contraire, dédramatisation et tolérance vis à vis de faits divers finalement anecdotiques tant que la vie reprend son cours ?

Mignonnes comporte certes quelques ficelles scénaristiques un peu trop visibles, mais il bénéficie par ailleurs d’une très belle énergie, de belles couleurs, d’une vitalité évidente. Quelques moments humoristiques sont également bien sentis. Ce mélange doux-amer ne nous a pas tous emporté, loin de là. Certains d’entres nous non pas aimé la sucrerie, d’autres ont eu plus de mal avec l’acidité soudaine. Pop et particulier, le geste cinématographique mérite cependant d’être souligné, encouragé ….

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