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23ème édition du festival du moyen-métrage de Brive : Les Coups de cœurs de la rédaction 

Du 20 au 25 avril 2026, Brive-la-Gaillarde a une nouvelle fois vibré au rythme du moyen métrage, ce format si singulier (entre 30 et 60 minutes) que le festival défend avec passion et constance depuis sa création en 2004. Seule manifestation au monde entièrement dédiée à ce « juste milieu » cinématographique, la 23e édition a offert une sélection riche et internationale, mêlant découvertes, confirmations et œuvres hors normes, mettant en avant, avec ses choix, un mélange audacieux entre œuvres de cinéastes expérimentés et travaux de jeunes cinéastes. 

L’ambiance générale du festival était chaleureuse et électrique, typique de ces rendez-vous où le cinéma reste une affaire de rencontres humaines avant tout. Dans les salles, les débats passionnés se prolongeaient tard dans les cafés et les rues de Brive. On y croisait cinéastes, producteurs, étudiants en cinéma et simples passionnés, tous unis par l’amour d’un format qui permet à la fois la densité, typique du court, et l’ampleur, propre au long. Une atmosphère conviviale, presque familiale, loin du faste parfois étouffant des grands festivals, où l’on sent vraiment que le cinéma se vit collectivement. Les projections étaient bondées, les questions en salle pertinentes et enthousiastes, et l’énergie générale rappelle pourquoi Brive reste un rendez-vous incontournable pour qui s’intéresse à l’innovation formelle et narrative. 

Cette 23e édition confirme la vitalité du moyen métrage comme espace de liberté créatrice. Brive continue de nous prouver que ce format n’est pas un entre-deux, mais un territoire à part entière, capable du meilleur du cinéma contemporain. 

Parmi cette sélection de grande qualité, que nous avons pu regarder avec attention pendant une semaine, nous avons trouvé quelques très belles propositions. Voici nos coup de coeurs:

Safar de Bahram Beyzai (version restaurée, hors compétition) 

Un véritable joyau cinématographique. Cette œuvre de 1972 du grand maître iranien, Bahram Beyzai, moins connu en occident que ses accolytes Kiarostami ou Makhmalbaf, mais aussi important qu’eux dans la création de la Nouvelle Vague du cinéma Iranien, présentée dans une restauration somptueuse, déploie une puissance allégorique et visuelle sidérante. L’image en noir et blanc, particulièrement belle et significative, se tourne vers deux jeunes garçons, orphelins, égarés dans un quartier précaire, qui cherchent les parents biologiques de l’un entre eux. Entre conte folklorique et méditation existentielle, Safar (Le Voyage) captive par sa densité poétique, son regard philosophique et sa mise en scène symbolique d’une singularité rare. Un film intemporel qui rappelle à quel point Beyzai reste une référence majeure du cinéma d’auteur iranien. 

Green Lake de Linwei Zhu 

Magnifique premier film d’un jeune cinéaste chinois, qui a d’ailleurs remporté le Prix du Jury. Dans une ville-usine en déclin du Yunnan, Zhu filme avec une sensibilité et une maîtrise impressionnante la rencontre entre une infirmière et un chaudronnier hanté par le passé et les souvenirs d’un amour perdu. Le film tisse avec délicatesse amour, deuil et mémoire collective dans un cadre industriel poétique. Une révélation, à la fois âpre et mystérieuse, qui rappelle Un Grand voyage vers la nuit de Bi Gan

Joan of Arc de Hlynur Pálmason 

Un film conceptuel inoubliable, une reflexion sur le temps et l’espace, à la frontière du vidéo-art et du cinéma. Le réalisateur islandais, connu pour ces deux long-métrages présentés à Cannes, Godland et L’Amour qui nous reste, observe, lors d’un plan-sèquence d’une heure environ, ses propres enfants construire et détruire un épouvantail (qu’ils vont nommer Jeanne d’Arc à la fin du processus) au bord de mer, en utilisant des matérieux naturel recyclables, dans un paysage nordique sublime. Le résultat ressemble beaucoup au « Land art ». Entre rituel enfantin et méditation sur la création/destruction, le temps qui passe et la famille, Joan of Arc séduit par sa rigueur formelle, sa poésie visuelle et sa capacité à transformer le quotidien en quelque chose d’hypnotique et universel. 

Sense of Water de Mohammad Rasoulof 

Un récit profondément touchant sur l’exil, et le premier film du cinéaste iranien, qui a du fuir l’iran clandestinement et vie maintenant en Allemagne, réalisé en dehors de son pays. Dans une cabane de verre sous les aurores boréales, un écrivain en exil, traumatisé par l’expérience de la prison, tente de réapprendre les émotions dans une langue étrangère, alors qu’il vit aux mêmes instants une histoire d’amour douloureuse. Rasoulof signe ici une œuvre intime (autobiographique), sensible et politique qui résonne avec force. La justesse du propos et la beauté austère des images en font un moment fort du festival, d’autant plus que le cinéaste raconte, lors de la présentation du film, qu’il souhaite rentrer en Iran à tout prix. Ce lien affectif très profond l’empeche d’apprendre l’Allemand, alors qu’il ne possède même pas de passeport pour pouvoir voyager en Iran. 

Un Ciel Si bas de Joachim Michaux 

Atmosphérique et mystérieux, ce moyen métrage nous plonge dans le Bruxelles brumeux de novembre 1989. À la recherche d’un amour disparu, le protagoniste croise des personnages romantiques et énigmatiques sur fond de chute du Mur de Berlin et d’apparitions étranges. Michaux compose un récit surréaliste, par moment drôle, humaniste et mélancolique d’une grande élégance, où le brouillard devient métaphore d’un monde en mutation. Les réferences visuelles et scénaristiques aux premiers films de Jarmusch sont évidents, et la langue scène de boîte de nuit met en avant la culture de la musique électronique des années 1980.

Solitudes de Ryan McKenna 

Docu-fiction hybride d’une grande finesse, ce film canadien explore une amitié naissante tout en mêlant mémoire familiale et collective. McKenna navigue entre réel et fiction, capturant la solitude contemporaine avec pudeur et profondeur. Un film sensible et intelligent qui laisse une empreinte durable. L’acteur principal du film, l’irano-canadien Pirouz Nemati, a été découvert auparavant dans Une Langue universelle de Matthew Rankin, tourné par ailleurs dans la même ville que Solitudes (Winnipeg), ce qui crée un lien de filiation entre les deux films.

Ver-vert d’Eléonore Saintagnan 

Insolente et inventive, cette comédie musicale atypique transforme un poème du XVIIIe siècle en miroir de nos contradictions contemporaines : foi et désir, dressage et liberté. Eléonore Saintagnan signe une œuvre ludique et audacieuse, agréablement legère, qui ose le chant et la provocation avec un plaisir communicatif. Il s’agit par ailleurs d’une des rares comédies présentes au festival de Brive cette année.

Seule la tendresse de Nicolas Giuliani 

Dans un hiver dur comme la pierre, Gaëlle cherche désespérément de l’amour et de la chaleur humaine auprès d’un père affaibli et d’un entourage exubérant. Nicolas Giuliani filme avec justesse et empathie cette quête de tendresse vitale à l’adolescence. Il prend son temps pour créer une atmosphère austère, et pour développer la vie intérieure de son personnage. Un film émouvant, fort et dur, qui touche droit au cœur par sa sincérité. 

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