Mis à jour le 12 septembre, 2026
Un film de Stéphane Brizé
Avec: Alba Rohrwacher, Vincent Lindon, Sharif Andoura, David Talbot
Nouvellement embauchée dans le département des Ressources Humaines d’une grande compagnie d’assurances, Carla Moretti doit travailler à réconcilier le bien-être des salariés avec les objectifs de performance de l’entreprise. Jusqu’à ce qu’elle découvre un cas de management toxique dans un des services dont elle a la responsabilité. Entre compromis et compromissions, la ligne de crête sur laquelle elle évolue devient de plus en plus étroite.
Notre avis : ★★★
On y reviendra, Brizé nous surprend formellement et réussit son coup là où ne nous l’attendions plus, bénéficiant à plein du virage amorcé avec Hors saison, trouvant un bel équilibre entre satyre, perspicacité, et démonstration théorique, très loin de ses premiers films sociaux à la Ken Loach. Son sujet peut sembler simple, en soi. Il l’est. Mais à bien y lire, il comporte quelques démultiplications qui offrent plusieurs niveaux de lecture. Brizé part d’un problème dans le milieu socio-professionnel, montre – le dispositif du film tout entier vise à la démonstration, acte après acte – que ce problème peut avoir des conséquences, mais aussi des causes, individuelles, ou au niveau de la cellule familiale, et, sans jamais le dire, ni même l’évoquer, laisse transparaître, que ce même sujet pourrait aussi être une métaphore plus politique, à l’échelle de la société. Brizé dénonce, avec radicalité, ce qui, résiste à l’épreuve du temps, trouve ses racines même dans la nature humaine, le petit jeu des ambitions, les armes nécessaires pour les satisfaire, l’hypocrisie, le zèle, la capacité à prendre sur soi, et sa cause profonde, l’individualisme, la cupidité qui va de pair avec un système politique, le capitalisme. Il situe donc son récit dans un microcosme terreau de ses observations cinématographiques de longue, l’entreprise où le petit théâtre pseudo-dramatique à l’échelle individuelle masque, tait ou demande à taire, des drames collectifs, des situations sociales qui ruinent des vies, les détruisent. La société, un rouleau compresseur excluant, souvent régi par le marche ou crève, quand la chance n’interfère pas, qui laisse de côté certains, au détriment d’autres. Un bon petit soldat ne vise ni plus ni loin qu’à mettre sur le devant de la scène ce théâtre, et il choisit pour cela une forme qui renvoie aux pièces de Molière, partir d’un vice, d’un défaut – que l’on pourrait aussi voir comme une qualité, parfois – l’exposer, le railler, en tirer instants de comédies comme de tragédie. Mais ici, contrairement à sa veine initiale, du côté du cinéma social militant, appuyé et tire-larmes, sans mélo, bien au contraire, les quelques larmes sur le visage d’Alba Rochwacher, qui, à l’image de son personnage, semble ne pas trop comprendre dans quel film elle joue, et apporte une forme de candeur idoine à son personnage, ne sont que des larmes de crocodile, sur lesquelles très peu auront envie de s’apitoyer, les véritables larmes étant bien davantage hors champs. A ce niveau également, et de façon similaire, le jeu bien trop appuyé de Vincent Lindon en patron toxique et pervers sied parfaitement à la farce; ce qui d’un côté peut être perçu comme de la légèreté dans l’exercice de sa fonction (un jeu très décontracté auquel on ne croit pas une seule seconde, en soi) colle parfaitement avec la farce, la mise sur le devant de la scène du ridicule dépourvu de toute honte, de toute culpabilité, de toute conscience, de toute empathie et prise en compte des autres. Et cette observation là, saisissante, sous ses airs évidents de farce, paradoxalement, devrait rappeler à tout à chacun bien des situations réelles. C’était l’art de Molière, c’est ici celui de Brizé.









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