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Les coeurs affamés (Succederà questa notte) de Nanni Moretti

Mis à jour le 5 septembre, 2026

Un film de Nanni Moretti

Avec: Louis Garrel, Jasmine Trinca, Angela Finocchiaro, Elena Lietti, Antonio De Matteo, Andrea Lattanzi, Hippolyte Girardot, Pietro Ragusa, Paolo Sassanelli, Nanni Moretti

En lisant les nouvelles d’Eshkol Nevo, ce qui m’a tout de suite frappé, c’est la précision avec laquelle sont décrites les relations et la profondeur des sentiments. Ce sont des histoires qui parlent d’amours, de rencontres et d’abandons, mais aussi de parents et d’enfants devenus adultes, ainsi que de tous ces liens qui nous accompagnent, de manière plus ou moins discrète, tout au long de la vie. L’unité thématique et la charge émotionnelle que j’avais perçues en tant que lectrice dans ces nouvelles m’ont poussée à imaginer qu’on pourrait en tirer un film, construire une intrigue cohérente. Avec les scénaristes Federica Pontremoli et Valia Santella, nous avons commencé à sélectionner les nouvelles qui nous avaient le plus marquées. De certaines, nous avons repris une relation, d’autres des personnages, mais dans certains cas, nous n’avons conservé qu’une seule image. Outre l’intensité des sentiments, le sens du temps et des occasions est très présent dans ces récits. C’est de là qu’est née l’envie de raconter une histoire d’amour, mais une histoire d’amour dans laquelle une femme et un homme se rencontrent toujours au mauvais moment. Ce qui anime les personnages, c’est le désir d’une nouvelle occasion, la volonté de croire que la vie nous offre toujours une autre chance, qu’il y a toujours un moment où les choses peuvent encore se produire. Que le moment où cela arrivera finira toujours par venir.
« Ça va arriver cette nuit » est un film sur les sentiments et sur le besoin de les nommer : les laisser s’exprimer, admettre sans réserve que l’on s’aime, se dire sans pudeur que l’on s’aime.

Notre avis : ★★

Léger comme tout bon Moretti, à l’écriture relativement ciselé, comme tout bon Moretti, alternant entre instants drôles et plus grave, Succederà questa notte se regarde relativement plaisamment, notamment parce qu’il comporte quelques très jolis moments, et quelques bonnes idées de mise en scène, qui contrairement à quelques uns de ses films précédents, s’insèrent avec réussite dans le récit, sans trop d’artificialité, sans trop s’imposer (nous n’avons pas par exemple cet instant WTF Netflix pourtant raillé, qui venait comme un total cheveu sur la soupe. Louis Garrel monte avec une certaine grâce sur le scooter de Nanni, dont il endosse de manière assez évidente les habits, ou plus exactement les accents et élucubrations romantiques, bien plus qu’il ne sera convainquant avec une raquette de tennis (le service, et surtout le revers mérite un entrainement plus poussé, Jasmine Trinca étant elle bien plus convaincante par sa technicité qui trahit sa pratique personnelle) – nous pourrions faire toute une thèse de la représentation du joueur de tennis occasionnel au cinéma). Parmi ces momentums, citons par exemple une double chorégraphie sur un air des Rolling Stones, une très grande sincérité lors d’un concert de Bruce Springsteen, au champ-contrechamp saisissant, qui viennent pimenter un récit qui par ailleurs lorgne du côté de la comédie italienne raillant l’Italie, voire de la comédie romantique à l’italienne. Partant d’Oslo, puis d’Inde, le récit rapidement s’installe en Italie, où Moretti prend un malin plaisir à moquer, et esquinter quelques attributs si italiens, de la mama, à la famille, l’absence de pudeur, en passant bien entendu, par le machisme, auquel, pourtant, le film n’échappera pas, à l’instar de ces modèles du côté de Scola notamment … A mesure que la comédie romantique s’installe, le poids pris par la pulsion amoureuse du personnage interprété par Louis Garrel, éclipse ce qui pouvait se jouer, pour ne pas dire se ressentir, du côté de son pendant féminin, interprété par la pétillante Jasmina Trinca, le procédé du film visant tout entier à leur rencontre amoureuse, comme à leurs déboires sentimentaux, comme toute bonne comédie romantique qui se respecte. Les à-côté cependant parviennent à nous maintenir en intérêt, notamment dans tout ce qui a trait aux relations familiales, le rapport aux parents, et surtout aux enfants, la particularité étant que chacun des deux amants doit composer avec sa position maritale, bancale, mais aussi et surtout leurs enfants respectifs. Si l’on met de côté donc le côté convenu de la romance, le regard devenu vieux de Moretti, l’interprétation sans grande finesse d’Hyppolyte Girardot plus caricatural que raffiné, Les coeurs affamés, quoi qu’il s’agisse d’une adaptation, conserve le charme propre aux comédies à la Moretti, présentant un équilibre bien étudié, entre situations et actions/mouvements, entre états et ruptures, entre comique pur et regard critique.

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