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Rose de Markus Schleinzer

Mis à jour le 19 février, 2026

Un film de Markus Schleinzer

Avec: Sandra Hüller, Caro Braun, Marisa Growaldt, Godehard Giese, Robert Gwisdek, Maria Dragus, Annalisa Hohl, Augustino Renken, Maurice Leonard, Emma Bahlmann

Au début du XVIIe siècle, quelque part en Allemagne, un mystérieux soldat arrive dans un village protestant isolé. De nature discrète et modeste, le visage défiguré par une cicatrice, cet étranger se présente comme l’héritier d’une ferme abandonnée depuis longtemps et produit un document pour étayer ses dires auprès des villageois méfiants. Au fil du temps, il parvient à dissiper leurs doutes et, se révélant être un homme travailleur et craignant Dieu, il s’intègre à leur communauté. Cependant, sa quête d’acceptation repose sur un mensonge éhonté. L’histoire vraie et tortueuse d’une escroque qui, défiant sa naissance en tant que femme, s’est comportée comme un homme et a trompé tout un village.

Notre avis : ★

Il nous semble, ces dernières années, avoir croisé de nombreux exercices de style semblables à Rose en festival, signe d’une certaine modernité, certes, – de façon paradoxale pour un film qui nous renvoie au 17ème siècle dans une contrée reculée-, mais dont nous doutons qu’elle puisse apporter des gages de pérennité ou de génie artistique. De nombreux cinéastes ont ainsi recours à une forme très appuyée, faussement stylisée, ils cherchent à mettre en avant un style qui se veut provocateur, mais au demeurant faussement âpre, faussement austère, faussement aride. N’est pas Haneke qui veut, l’austérité d’une époque ne peut juste être installée avec force et fracas, par quelques effets de styles bien trop répandus. Le noir et blanc à fort contraste certes suggère la violence et la dureté des comportements de l’époque, mais il nous semble aussi et surtout prétexte pour masquer les quelques coutures que Markus Schleinzer a cru nécessaire de rajouter sur son personnage trans télétransporté en Autriche au 17ème siècle, sans grande finesse. La narration choisit le ton de la fable voire du conte, presque par facilité, autorisant voire justifiant l’artificiel au détriment de ce qui eut été notoirement plus intéressant à explorer sur un tel sujet, l’authenticité, la véracité, la reproduction fidèle et appliquée d’une époque qui s’éloignerait de tout cliché ou fantasme.

La voix off omniprésente, censée guider le spectateur, produit un contre effet manifeste: elle prive le réalisateur d’aller chercher autre chose, de s’échapper dans une quelconque fantasmagorie, observation poussée, ou même de proposer un détachement qui puisse offrir un espace à réflexion. Les spectateurs s’en retrouvent quelque peu enfermés, puisque trop guidés, pris au piège du simple factuel, du récit au premier degré, qui sonne rapidement faux. Etrangement, derechef, le noir et blanc nuit et constitue à notre sens une fausse bonne idée; cette histoire qui ne parle objectivement pas d’hier mais bien d’aujourd’hui, eut gagné à avancer à pas plus affirmés, à gagner en intensité, si une atmosphère colorée avait été instaurée. Etrangement, derechef, le message diffusé aurait été plus intense s’il avait été orné de davantage de fantaisie, de singularité, sans didactisme, sans pédagogie, sans gants. Etrangement, derechef, l’esprit de sérieux de Rose, dilue la force du message.

Le coup de poing que le film cherche à porter a tendance à se retourner contre lui-même : Rose ne choque pas, Rose ne surprend pas. Il diffuse un message de manière très visible, très prévisible, notre intérêt s’en trouve amoindri. L’esprit de sérieux guide également l’interprétation de Sandra Hueller, aux mimiques et colères exagérées, diminuant le potentiel d’identification qu’offre normalement son personnage, et la cause qu’il défend . Prévisible de tout son long, le fond et la forme s’ajoutent, se cumulent, appuient là où le réalisateur pense nécessaire de mettre le trait, son message. Ce style, revendicatif, souligné, appuyé, aux faibles nuances, aux rares méandres, lui ôte pourtant une grande part de persuasion, les convaincus acquiescent, sans s’en sortis grandis ou renforcés dans leur argumentations, les « à convaincre » risquent hélas de s’en détourner sans avoir approfondi leurs points de vue.

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