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No Rest for the Wicked de Kasper ‘Kalle’ Skovsbøl

Un film de Kasper ‘Kalle’ Skovsbøl

Avec: Egor Venned, Pilou Asbæk, Sofia Nolsøe Mikkelsen, Jóhannes Haukur Jóhannesson, Kjartan Hansen, Búi Dam, Nicolaj Falck

1862. Sur les sauvages Îles Féroé, un jeune pêcheur et un baleinier de passage éprouvent une attirance réciproque. Mais, dans cette communauté profondément religieuse, leur passion interdite va libérer des forces aussi mystérieuses que dévastatrices.

Notre avis : ★★

Kasper Kalle transforme les iles Féroé de 1862 en un territoire aussi magnifique qu’hostile. A partir de cette romance interdite, No Rest for the Wicked glisse progressivement vers le folk horror, faisant de la nature, de la religion et du désir des forces qui semblent impossibles à dissocier.

La première force du film est incontestablement sa photographie. Les paysages féroïens sont filmés avec une approche naturaliste qui leur confère une beauté irréelle: falaises, brumes, mer et vastes étendues deviennent partie intégrante du récit. Mais l’étalonnage souffre parfois d’une gestion de la lumière trop sombre, notamment dans les scènes intérieures où certains détails finissent par se perdre dans les ombres. Un choix qui renforce certes le sentiment de claustrophobie mais peut aussi nuire à la lisibilité de l’image.

La caméra reste généralement au plus près des personnages, privilégiant les visages et les corps plutôt que les grands mouvements spectaculaires. Cette proximité rend la relation entre Baldur et Helge particulièrement sensorielle. Le paysage devient une véritable bande sonore, comme si les éléments naturels accompagnaient et menaçaient simultanément les deux hommes.

C’est dans ses trente dernières minutes que No Rest for the Wicked prend davantage de risques. La mise en scène se révèle plus audacieuse à mesure que le récit bascule franchement dans le fantastique et l’horreur. Le calme contemplatif des premières parties laisse alors place à une dimension plus inquiétante où l’amour semble avoir réveillé quelque chose qui dépasse les personnages.

Cette bascule accentue l’aspect ambigu du film. Car le spectateur est en droit de se demander ce que cherche réellement à raconter cette idée d’un amour homosexuel associé à une forme maléfique. Une première lecture consiste à y voir une métaphore de l’homophobie: deux hommes qui refusent de renoncer à leur amour et se retrouvent finalement dans la mort, envers et contre la communauté et la religion. Mais une autre lecture, beaucoup plus troublante, reste possible. La maladie, la septicémie, la dimension contagieuse du mal qui semble se transmettre aux autres et la possession par une force démoniaque peuvent donner l’impression que l’homosexualité elle-même devient métaphoriquement une menace qui contamine.

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