Mis à jour le 4 septembre, 2026
Un film de Cédric Kahn
Avec: Zoé monpart, Malou Khebizi, Kenji Peyran, Raphaël Besson, Patience Munchenbach, Ahleme Sahraoui, Jade Philip, Laeti Vabre, Daoud gary, Sami Assouane
Lucia, 17 ans, est amenée par la police dans une unité de soins pédopsychiatriques de l’hôpital public. Ici tous les patients ont entre 15 et 18 ans. Lucia connaît l’endroit, elle y a fait de nombreux séjours. Elle retrouve son amie Eloïse, en hospitalisation longue durée, mais aussi Yasmine, Camilia, Ulysse, André… tous ont des pathologies et des parcours différents. Les médecins les soignent, les écoutent, reçoivent leurs parents, tout en gérant un service en surchauffe. Mais un jour, l’arrivée du mystérieux Enzo menace de tout bouleverser.
Notre avis : ★
Une fois n’est pas coutume, Cédric Kahn se manque et passe à côté de son (important et joli) sujet. Il faut dire que l’exercice étant on ne peut plus difficile, nous ne lui en tiendrons nullement rigueur; d’autant que 15/18 attaque modestement et avec le bon regard la question psychiatrique adolescente. Parmi ses bons points, donc, ce regard, déplacé, qui jamais ne s’attarde sur la fatalité, ne fait la part belle à la psychopathée, une question très vite évacuée et qui ne fera plus irruption qu’une seule fois au hasard d’une prescription à suivre, post guérison et sortie d’hopital pour un jeune victime d’hallucination, préférant s’attarder, à raison sur la question psychologique plus que psychiatrique, préférant rappeler que la guérison existe très souvent, se refusant à parler de fous, même pour les cas pouvant sembler les plus hallucinés, rappelant à qui veut bien l’entendre que les plus dangereux – les plus violents – ne sont pas les personnes atteintes d’un trouble mental, pas les bienvenus dans cet établissement qui soigne avant tout des âmes en peine, des victimes d’un environnement, le plus souvent familial, ou de situations traumatiques (viols, incestes, …). Le film embrasse le projet très ambitieux de dresser un ensemble de portraits, chacun représentatif d’un cas de figure, plutôt réel, mais aussi, au détour, des soignants, de ce qu’ils endurent, de ce qui les anime, de ce en quoi ils croient, et de leur rôle si particulier, de pouvoir réparer des âmes déjà détruites. La bienveillance n’empêche aucunement de s’attarder sur les moments difficiles, voire les incendies, au propre comme au figuré, en germe ou irradiants, qui à tout moment peuvent survenir, de s’attarder aussi sur le qui-vive permanent qui entoure forcément la fonction, et la-es situation-s. Kahn et son équipe prennent le pari du film collectif, à la Polisse, de restituer toute l’énergie vitale qui déborde, de montrer que l’entraide existe entre les enfants qui partagent leur peine, même si là encore la situation ne tient qu’à un fil: regrouper ensemble, faire cohabiter des personnes fragiles, hypersensibles fait toujours courir le risque d’une dérive, collective, d’un embrasement. Oui, les bonnes intentions sont présentes … mais sur le plan cinématographique, ce sujet, et plus encore l’angle collectif suivi, n’autorisent pas l’artificialisation, l’imprécision ou le moindre écart avec le réel – vol au dessus d’un nid de coucou, par exemple, suit un angle autrement plus individuel et politiquement très différent, sur la question dont la société gèrait la question psychiatrique adulte. Le simple fait de concentrer les instants, de supprimer l’apparent superflu, la normalité ou les instants moins furieux ou chargés, de faire des choix de scènes, de passer d’une situation à une autre, d’un personnage à l’autre, prive le spectateur d’un souffle autrement plus important que la cohabitation entre pulsion de vie et pulsion de mort, extraits de souffrances endurées, celui de la Vérité, du réel. Les choix de mise en scène qui auraient été très bons si nous avions suivi un personnage ou quelques personnages extraits du collectif, notamment les choix musicaux, la musique à la Philippe Glass, ou l’air d’Orange Mécanique, sonnent faux, superflus, fictifs. La sortie de l’hôpital, belle idée en soi, pour tout ce qu’elle comporte en aération, mais aussi les questions qu’elle soulève (ces enfants seraient-ils mieux lâchés dans la nature qu’enfermés dans des instituts ou de retour à leur domicile, à leur quotidien, la véritable source de leurs problèmes ?) , et quoi qu’elle renvoie à de nombreuses thématiques traversées dans la filmographie de Cédric Kahn, plus encore, nous conforte dans cette sensation que le réel fuit, que le choix s’est porté hélas sur un récit fabriqué, à défaut d’être pleinement capturé. En soi, le film manque, comble pour Cédric Kahn qui dans ses premiers pas de cinéaste fut rapproché de l’école de Pialat, de radicalité, de naturalisme, de force, remplacés par des instants pensés pour émouvoir, bien trop artificiellement. Ainsi, Kahn joue lui même les médecins, son casting comprend des acteurs professionnels, tout ceci nous éloigne de cet institut 15/18 dont nous aurions souhaité qu’il nous ouvre ses portes et ses secrets sans réécritures, sans déformations, sans réinterprétations, même si la fiction, imitation du réel, comporte son lot d’émotions bruts. D’autant plus dommage comme nous le disions, que par ailleurs, Kahn ne tombe pas dans l’écueil du regard ignare de Philibert, qui abordait la question psychiatrique sous un angle misérabiliste voire éthologique, à la gloire de la psychiatrie comme science aboutie, – ce qu’elle n’est évidemment pas, l’état de l’art étant bien davantage un laboratoire permanent où les erreurs de diagnostic, de posologie pullulent – et qu’il parvient malgré tout à placer un regard interrogatif et sans prétention, à placer le problème là où il se situe (dans la société), et à esquisser les solutions qui se proposent et existent malgré tout (la société là encore, la compréhension, l’attention, la tolérance, l’Amour, la protection).









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