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La Mostra de Venise 2019 – Journal Critique Sélection Officielle

Vous retrouverez dans les lignes qui suivent notre journal critique de la compétition de La Mostra de Venise 2019La note maximale que l’on peut donner est ***** correspondant à nos yeux à un chef d’oeuvre, note que l’on donne très rarement, la note la plus basse est – quand on a trouvé le film très mauvais.


La sélection officielle VENEZIA 76:

THE PERFECT CANDIDATE

Réalisé par Haifaa Al Mansour
Avec Mila Alzahrani, Dhay, Nourah Al Awad, Khalid Abdulrhim / Saudi Arabia, Germany / 101’

Notre avis: PAS VU


OM DET OÄNDLIGA (ABOUT ENDLESSNESS)

Réalisé par Roy Andersson
Avec Jane-Ege Ferling, Martin Serner, Bengt Bergius, Tatiana Delaunay, Anders Hellström, Thore Flygel / Sweden, Germany, Norway / 73’

Notre avis: –

La comparaison qui nous est tout de suite venu en tête était celle avec le dernier Elia Suleiman proposé à Cannes, it must be heaven, car l’un comme l’autre s’intéressent à des petits détails qu’ils mettent en scène dans des cadres très rigides, très construits, qui déforment ou reforment la réalité. Mais là où Elia Suleiman a su nous emporter, par sa poésie, son sens clinique de l’impromptu, sa clownerie naturelle, son regard, ses métaphores politiques malines, Anderson n’est jamais parvenu à nous proposer autre chose qu’un seul et unique motif répété, froid, sans portée manifeste qui nous soit parvenu. Les cadres sont certes étudiés, mais ils nous sont apparus très restrictifs, les métaphores ne nous ont pas sauté aux yeux… de quoi nous parlait-on au juste ? de tout ? de rien ?


WASP NETWORK

Réalisé par Olivier Assayas
Avec Penélope Cruz, Ana de Armas, Edgar Ramírez, Wagner Moura, Gael García Bernal, Leonardo Sbaraglia / France, Belgium / 123’

Notre avis:

Il ne nous aura suffit que de 45 minutes pour nous demander pourquoi ce film très américain dans son essence, et surtout très télévisuel dans son ratage, qui confie à Pénélope Cruz un rôle de femme au foyer attendant le retour de son héros de mari, a pu être sélectionné à la Mostra … Visiblement, à en croire les avis de nos confrères, cet avis est très partagé …


MARRIAGE STORY

Réalisé par Noah Baumbach
Avec Scarlett Johansson, Adam Driver, Laura Dern, Alan Alda, Ray Liotta, Julie Hagerty / USA / 135’

Notre avis: ****

Une très habile immersion dans une vie de couple, qui se termine, en apparence, sans grands heurs mais avec des maux – et des mots -, dans une grande incompréhension car l’amour semble encore bien présent. La vision de cette déchirure qui nous est proposée enrobe de multiples points de vues, certains très saisissants. Le point de vue interne de chacun des personnages est bien entendu couvert, mais à ceux-ci s’ajoutent des regards extérieurs, celui des proches, famille comme amis, celui du réalisateur lui même, notamment lorsqu’il raille le rôle des avocats dans les affaires de divorces, auxquels il convient bien entendu de rajouter celui du spectateur. Marriage Story comporte de nombreuses qualités, outre son humour intelligent, ses dialogues ciselés, l’interprétation très convaincante du duo Adam Driver, Scarlett Johansson auquel il convient d’ajouter celle de Laura Dern, la finesse d’écriture de certaines situations, d’un point de vue psychologique – on pense notamment à une très saisissante scène de dispute qui permet de faire ressortir des vérités enfouies- sa principale force s’avère par l’espace de jugement laissé au spectateur, qui pourra privilégier l’amour déliquescent ou, au contraire, l’amour rémanent.


GUEST OF HONOUR

Réalisé par Atom Egoyan
Avec David Thewlis, Laysla De Oliveira, Luke Wilson, Rossif Sutherland / Canada / 105’

Notre avis: **(*)

Atom Egoyan tente de revenir à un style qui lui avait valu des louanges, qui en faisait un réalisateur inspiré et inspirant (Exotica pour ne citer que celui-ci). Il propose donc au spectateur une histoire complexe, qu’il dévoilera par petites bribes, pièces après pièces, comme se construit un puzzle. Si le procédé fonctionne par instants et maintient plutôt en haleine, malheureusement, certaines composantes implicites que l’on pouvait découvrir dans ses premières œuvres, de l’ordre du mystère, du non-dit, de l’ambiance générale, à mi chemin entre le terrain psychologique immédiat, situationnel, traumatique, et un autre plus générationnel, qui puise ses racines dans un mal transmis dans le terreau familial, sociétal, viennent ici à manquer. Egoyan s’égare à notre avis trop sur l’identité professionnelle du père, qui n’était pas son sujet véritable, ce qui a pour effet de perdre en rythme, en intensité.


AD ASTRA

Réalisé par James Gray
Avec Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Ruth Negga, Liv Tyler, Donald Sutherland / USA

Notre avis: *

Quelques belles images, un Brad Pitt sur tous les plans, dans l’espace, beaucoup d’effets spéciaux, de l’action, un instinct de survie, un devoir à accomplir. Voilà. C’est tout. Le reste : un récit de science fiction qui n’a rien de scientifique, totalement improbable, qui se contrefout de la plausibilité, un récit sentimental hyper appuyé, qui singe la rencontre entre Luke Skywalker et Darth Vader, au point de nous faire rire, quand on imagine que l’intention de Gray était plutôt de nous émouvoir. Liv Tyler fait figure de personnage féminin central … Elle est celle que le héros a quitté, ou qui a largué le héros – est-ce bien important ? – elle est celle dont il se souvient, et sa silhouette apparaît à l’écran histoire de nous faire verser une larme. N’en demandez pas trop à James Gray ou aux producteurs, ils ont probablement rajouter ce personnage à la dernière minute histoire de – ou l’aurait-il couper de tout son long ? – puisque les dialogues qui lui sont dévolues sont portion congrue… Long, ampoulé, sans souci du détail – mais avec souci d’en mettre plein la vue-, et vain, Ad Astra s’oublie à mesure qu’il se regarde …


A HERDADE

Réalisé par Tiago Guedes
Avec Albano Jerónimo, Sandra Faleiro, Miguel Borges, Ana Vilela da Costa, João Vicente, João Pedro Mamede / Portugal, France / 166’

Notre avis: ***(*)

Un film ample motivé par deux ambitions: dresser le portrait d’un homme, paradoxal, mystérieux, et au travers de sa vie, raconter l’histoire du Portugal. Sur le fond, le film emprunte beaucoup aux ressorts qui obsédaient Lucchino Visconti, la dualité de l’être humain, de l’homme, sa part de monstruosité, obscure ou non, expliquée ou non, mais aussi ses bons côtés; et les conséquences d’une façon d’être sur un destin: la tragédie humaine. La forme est soignée, notamment la photographie, très étudiée, et qui offre notamment de très beaux tableaux clairs obscurs vers la fin du film. Un beau film.


GLORIA MUNDI

Réalisé par Robert Guédiguian
Avec Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Anaïs Demoustier, Robinson Stévenin, Lola Naymark / France, Italy / 107’

Notre avis: ***

Avec GLORIA MUNDI Guédiguian nous livre un film d’un formalisme plus lyrique qu’à l’accoutumée, au service d’un discours de colère face aux propos d’Emmanuel Macron (c’est lui qui l’affirme). Résultat ? Un film sans concession, aux personnages contemporains individualistes, emprunts de noirceur sinon de cynisme, en mode survie. Nous noterons la performance d’Anaïs Demoustier à contre-emploi, dans un type de rôle à l’inverse de ceux qu’elle a toujours joué dans sa carrière. Au niveau purement esthétique, Guédiguian ose la musique classique, le sacré, la grandeur.


WAITING FOR THE BARBARIANS

Réalisé par Ciro Guerra
Avec Mark Rylance, Johnny Depp, Robert Pattinson, Gana Bayarsaikhan, Greta Scacchi / Italy / 104’

Notre avis: A VENIR


LA VÉRITÉ (THE TRUTH)

Réalisé par Kore-eda Hirokazu
Avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke, Clementine Grenier, Ludivine Sagnier / France, Japan / 106’

Notre avis: ***(*)

Un scénario bien ficelé, une comédie intelligente et intéressante de tout son long. Deneuve y rayonne, Binoche, Sagnier, Ethan Hawke sont tous intéressants dans leur partition. Kore-Eda parvient ce que certains réalisateurs pourtant de renom ratent (le dernier en date est Farahadi) : réussir un film en dehors de son pays, avec des codes de production bien différents de ceux auxquels il est habitué. Ce film là aurait pu être signé Truffaut ou d’un réalisateur français brillant, qui disposerait d’un sens aiguë de la psychologie et de l’observation.


EMA

Réalisé par Pablo Larraín
Avec Mariana Di Girolamo, Gael García Bernal / Chile / 102’

Notre avis: PAS VU


LAN XIN DA JU YUAN (SATURDAY FICTION)

Réalisé par Ye Lou
Avec Gong Li, Mark Chao, Joe Odagiri, Pascal Greggory, Tom Wlaschiha, Huang Xiangli / China / 126’

Notre avis: ****

Un fil d’espionnage en noir et blanc d’une extraordinaire maîtrise technique. Le scénario est parfaitement alambiqué, – pour ne pas dire incompréhensible -, le film tente et réussit des mises en abyme multiples; se joue pour la forme de certaines références, et crée nécessairement la confusion dans l’esprit du spectateur. Quand Polanski a réussi l’exploit de rendre claire une situation historique très complexe et véritable, Lou Ye, lui, parvient à rendre complexe une situation fictionnelle, qu’il inscrit dans l’histoire. Les acteurs sont impeccables, la photographie très étudiée, les scènes d’action sont brillantissimes. Nous ne sommes pas loin de Melville, et de Costa Gavras réunis. Techniquement fort intéressant, le film pêche par contre davantage sur sa portée en tant que telle, qu’elle soit artistique, philosophique ou culturelle, puisqu’il ne fait à aucun moment doute qu’il puisse y avoir une quelconque véracité; la fiction semble suivre pour principal objectif le divertissement par l’ambiance qu’elle instaure, le rythme qu’elle imprime.


MARTIN EDEN

Réalisé par Pietro Marcello
Avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Denise Sardisco, Vincenzo Nemolato, Marco Leonardi, Autilia Ranieri / Italy, France / 125’

Notre avis: **(*)

 #MartinEden nous a plu dans l’ensemble malgré ses maladresses et son départ manqué. Le film trouve son souffle principalement dans le récit principal de Jack London, dans l’intriguant portrait qu’il propose d’un homme, et en cela, dans le propos philosophique, le regard porté sur l’homme en général, pessimiste certes, mais particulièrement intelligent et rare. Ce regard reste plus que jamais d’actualité, et si la mise en scène carbure globalement à l’ordinaire avec des essais d’ordre documentaires aux effets pour la plupart ratés, le film porte un discours fort, et son caractère épique se trouve renforcé par les relations amoureuses, mais aussi, les rencontres, qui font évoluer le héros de cet histoire, un homme attiré par des lumières, ambitieux, qui développera un grande désillusion le jour où ses ambitions seront atteintes et qu’il ouvrira les yeux sur un monde qu’il espérait différent.


LA MAFIA NON È PIÙ QUELLA DI UNA VOLTA

Réalisé par Franco Maresco
Avec Letizia Battaglia, Ciccio Mira / Italy / 105’

Notre avis: A VENIR


THE PAINTED BIRD

Réalisé par Václav Marhoul
Avec Petr Kotlár, Udo Kier, Lech Dyblik, Jitka Čvančarová, Stellan Skarsgård, Harvey Keitel, Julian Sands / Czech Republic, Ukraine, Slovak Republic / 169’

Notre avis: *

#ThePaintedBird emprunte à Au hazard balthazar pour ce qui est de la trame globale, mais n’en a aucunement l’épaisseur, la qualité de regard; il lorgne du côté de Von Trier pour ce qui est de la radicalité, de l’utilisation de la violence – sujet du film, la violence n’y est donc pas gratuite – mais jamais il ne paraît provocateur, il offre des tableaux successifs qui se répètent et donnent à voir un nombre d’abominations assez rare au cinéma, si ce n’est dans Salo de Pasolini, mais là encore, la provocation n’est pas. Les animaux et les hommes y subissent de nombreuses tortures, perpétrées par des hommes et des femmes luttant contre la famine, contre la guerre, et se comportant de façon bestiale. Au final, un film qui aura fait fuir pas mal de spectateurs, qui n’est pas mauvais, qui invite à son casting Udo Kier et Harvey Keitel pour leur gueules atypiques et évocatrices; mais qui n’a rien d’inoubliable ni de formidable.


IL SINDACO DEL RIONE SANITÀ (THE MAYOR OF RIONE SANITÀ)

Réalisé par Mario Martone
Avec Francesco Di Leva, Massimiliano Gallo, Roberto De Francesco, Adriano Pantaleo, Daniela Ioia, Giuseppe Gaudino / Italy / 115’

Notre avis: PAS VU


BABYTEETH

Réalisé par Shannon Murphy
Avec Eliza Scanlen, Toby Wallace, Essie Davis, Ben Mendelsohn / Australia / 120’

Notre avis: PAS VU


JOKER

Réalisé par Todd Phillips
Avec Joaquin Phoenix, Robert De Niro / USA / 118’

Notre avis: A VENIR


J’ACCUSE

Réalisé par Roman Polanski
Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois / France, Italy / 126’

Notre avis: ****(*)

Polanski revient à son meilleur. Dés lors qu’il parle d’un sujet qui l’intéresse, son grand soin du détail, sa maîtrise à tout niveau (direction d’acteurs compris) se fait sentir et embarque irrésistiblement le spectateur. L’affaire Dreyfus qu’il nous narre pourrait s’apparenter à ce qu’il pense vivre lui dans sa vie, l’important n’est pas là, Polanski réussit l’incroyable pari de nous retranscrire parfaitement une situation historique incroyablement complexe en une histoire claire. Il trouve aussi deux excellentes idées, la première de narrer l’histoire sous l’angle de son héros, injustement oublié, le colonel Piquard, et la seconde de trouver en Jean Dujardin un acteur capable de porter cette dimension héroïque, humaine. Brillant.


THE LAUNDROMAT

Réalisé par Steven Soderbergh
Avec Meryl Streep, Gary Oldman, Antonio Banderas, Jeffrey Wright, Matthias Schoenaerts, James Cromwell, Sharon Stone / USA / 95’

Notre avis: **(*)

Un Sodenbergh plutôt ludique, sur un sujet pas nécessairement intéressant en soi, mais qu’il rend sympathique par des procédés de mises en scène que l’on aperçoit généralement plutôt chez les Coen. Le choix des narrateurs omniscients – car de la partie – est certes un peu convenu, mais il offre le relief nécessaire pour que le spectateur se sente parfaitement guidé: la société capitaliste est un spectacle, aurait dit Debord, et nous rappelle Soderbergh.


JI YUAN TAI QI HAO (NO. 7 CHERRY LANE)

Réalisé par Yonfan
Avec les voix de Sylvia Chang, Zhao Wei, Alex Lam, Kelly Yao (animation) / Hong Kong / 125’

Notre avis: ****

Quelle étrange impression après avoir vu N°7 Cherry Lane à la Mostra. Ce film d’animation prend un parti pris si rare … Sophistiqué, puisant sa matière dans la relation aux références citées, qu’elles soient littéraires, du côté de Proust ou Bronte, cinéphiles, réelles ou fictives, en permanence à la frontière entre fantasme et réalité, on songe bien évidemment à In the mood for love pour l’extrême lenteur, la précision ciselée, et l’érotisme ambiant ! Devrait assurément trouver une place au palmarès malgré l’accueil très froid du public lors de la projection officielle dont on vient de sortir …