A l’occasion de la venue du Festival National du Film d’Animation, nous avons rencontré, de manière virtuelle, Isabelle Vanini et Jeanne Frommer, toutes deux travaillant pour l’AFCA. L’occasion d’en apprendre plus sur le festival et son organisation.
Le Mag Cinéma (L.M.C.) : Bonjour Jeanne, bonjour Isabelle. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?
Isabelle Vanini (I.V.) : Bonjour, je m’appelle Isabelle Vanini, je suis la déléguée générale de l’Association française du cinéma d’animation. Je suis dans l’association depuis deux ans et avant j’étais programmatrice au Forum des images où j’ai développé l’animation et j’ai aussi tenu une salle de cinéma.
Jeanne Frommer (J.F.) : Et moi je m’appelle Jeanne Frommer, je suis la programmatrice coordinatrice éditoriale du Festival depuis trois ans maintenant. Donc ça va être ma quatrième année.
L.M.C. : Comme vous le disiez, Isabelle, vous êtes la déléguée générale de l’AFCA, comment définiriez-vous votre rôle dans l’association ?
I.V. : Alors, mon rôle est d’abord de mettre le navire en ordre de marche et de lui donner une direction. Donc évidemment c’est très collégial à l’AFCA, on est une petite équipe de six permanents : quatre à Paris et deux à Rennes. L’idée est de renforcer les projets déjà existants puisqu’il y a deux projets très forts à l’AFCA : le festival à Rennes en avril, puis la fête du cinéma d’animation en octobre dans toute la France. Donc l’idée c’est de multiplier les partenariats, de faire connaître l’AFCA et de représenter la filière. Il faut être aussi très proche de toute la filière du cinéma d’animation, ce qui veut dire beaucoup de rendez-vous, beaucoup de veilles, beaucoup de journées pros pour lancer aussi des idées, des partenariats, des envies de faire des nouvelles choses aussi. Par exemple, on avait envie d’un ciné-club, donc on a créé ANIMOTION qui est plutôt destiné aux grands studios, ce que l’AFCA travaillait moins. On discute aussi entre nous et on essaie de se réinventer. On en fait déjà beaucoup, mais comme la filière de l’animation est riche, on est comme un observatoire, ou une caisse de résonance. Donc voilà, ça nous donne aussi des idées, des envies d’arrêter telle chose, d’en développer une autre. Mais nos deux piliers restent le festival et la fête, on a déjà bien à faire avec ça. Et puis je m’occupe de l’équipe, bien sûr. Je veille à ce que tout le monde aille bien.
L.M.C. : Puis-je vous demander à toutes les deux quel était votre rapport avec l’animation et dans quelles circonstances vous avez rejoint l’AFCA ?
J.F. : De mon côté, j’ai découvert l’animation au début de mon expérience professionnelle, parce que j’ai travaillé pour le festival européen du film d’éducation, qui est un festival organisé par les CEMEA. Par cette porte-là, en faisant notamment de la programmation plutôt jeune public, j’ai pu aller au festival d’Annecy et j’ai découvert l’animation comme ça. J’ai beaucoup travaillé sur tout ce qui est éducation aux images durant toute la première partie de mon expérience professionnelle, cinéma donc plutôt pour les enfants, dans lequel il y a énormément d’animation. C’est d’ailleurs un peu un raccourci qu’on fait souvent, qui est que le cinéma et l’animation n’est que pour les enfants. Mais c’était ma porte d’entrée dans l’animation. Et puis en allant à Annecy, j’ai découvert que l’animation, c’était bien plus que ça, et qu’il y avait une certaine richesse. L’animation est pour tous les publics, ce n’est pas un genre, mais véritablement une technique. Et donc, après plusieurs années passées à l’AFCAE, qui est l’Association Française des Cinémas d’Art et d’Essai – à ne pas confondre avec l’AFCA – je suis partie de mon poste. Au même moment, il y avait le poste de programmatrice qui s’était libéré. Ce poste regroupait vraiment tout ce que je voulais faire : à la fois une partie très éditoriale de programmation, et une partie de coordination et d’opérationnel par l’organisation du festival. C’est donc comme ça que je suis arrivée à l’AFCA, il y a trois ans.
I.V. : De mon côté, j’ai une longue histoire avec l’AFCA puisque j’ai développé le cinéma d’animation au Forum des images. Donc je connaissais l’AFCA, j’allais aux animathèques – des rendez-vous tous les deux mois – et comme j’avais envie d’enrichir le fond parisien du Forum des Images de films d’animation, j’avais demandé à aller au Festival National du Film d’Animation, qui se trouvait à Auch à l’époque. Je me disais que si la vitrine du cinéma d’animation français est là, c’est que je repérerais des court-métrages potentiellement parisiens. J’ai donc rencontré l’équipe de l’AFCA de l’époque et du Festival en 1999 et à partir de là on a pas mal sympathisé et collaboré sur des projets, notamment en faisant rentrer des films d’animation dans la collection parisienne. Ils m’ont ensuite proposé de rentrer au conseil d’administration de l’association. J’en ai fait parti pendant 6 ans, et ensuite on n’a plus cessé de collaborer. J’ai été dans le comité de rédaction de La Lettre, qui n’existe plus aujourd’hui, on a fait des projets ensemble, j’ai accueilli les animathèques au Forum des Images, etc. On a toujours gardé contact, et quand Sabine Zipci a quitté son poste, je me suis dit qu’il était temps de rendre à l’animation tout ce qu’elle m’avait donné pendant 25 ans, donc je suis en poste depuis deux ans et très contente !
L.M.C. : Isabelle, pouvez-vous nous parler plus précisément du Festival National du Film d’Animation, qui en est à sa 32ème édition ?
I.V. : Je l’ai connu beaucoup plus petit et artisanal, à Auch, et je l’ai suivi quand il est allé à Bruz. Il ne s’est pas installé à Rennes tout de suite, et pendant quelques années, je n’ai plus eu l’occasion d’y aller, au moment du Covid et de l’après-Covid. Donc je l’ai redécouvert en arrivant comme déléguée générale, et à ce moment-là, j’ai vu un festival qui s’était beaucoup développé et qui avait trouvé toute sa place à Rennes. C’est vraiment devenu un endroit où les professionnels français se réunissent pour parler un peu des problématiques, entre autres. Le festival est véritablement une vitrine de la production française, comme on le dit souvent. Si vous voulez rencontrer des auteurs, voir des court-métrages et des films d’étudiants, il y en a aussi à Annecy mais ils sont noyés au milieu de l’international, alors qu’ici vous avez absolument tout ce qu’il faut avoir vu. On ne peut pas tout montrer, évidemment, mais sur les long-métrages vous avez les 10-12 long-métrages sortis dans l’année. J’ai redécouvert un festival qui était mûr, à sa juste place et très agréable à vivre. Et puis nous sommes accueillis dans chaque lieux comme si nous étions à la maison. Tout cela dans un triangle de 10 minutes. En plus, Rennes est une ville très agréable. J’adore venir, en tant qu’organisatrice, mais aussi en tant que spectatrice. L’organisation des journées professionnelles en 5 parcours est maligne et intelligente ; en tout cas le public suit et nous donne des retours très positifs. On sent que le festival grandit d’année en année, et l’édition qui arrive est encore pleine de promesses !
L.M.C. : Jeanne, vous êtes la programmatrice du festival. En quoi consiste votre travail, où commence-t-il et où s’arrête-t-il ?
J.F. : Mon travail est de coordonner l’ensemble de la programmation. Évidemment, je ne prends aucune décision toute seule, on a plusieurs comités de sélection, que ce soit pour les court-métrages professionnels, étudiants, les clips, les séries, les long-métrages . . . même les pitchs de projets. On a des comités pour sélectionner tout ce qui est montré au festival, constitués de membres du conseil d’administration de l’AFCA, de l’équipe, de partenaires. Tout ces gens participent pour visionner, lire les projets, et sélectionner. On reçoit plus de 500 films qu’on doit visionner pour ensuite garder environ 150 œuvres en tout. Il y a donc toute cette partie de veille, de coordination des comités de sélection, et évidemment du visionnage de films. C’est le cœur du métier. Et une fois que la programmation est faite, il s’agit de mettre en place tout ce qui va être autour : le suivi des invités jusqu’à l’accueil sur place, la modération des séances. Il y a aussi toute la partie concernant le volet professionnel que je coordonne. Avec Isabelle, on construit cela en rencontrant beaucoup de professionnels, de structures, pour voir avec eux quels sont les enjeux, les problématiques actuelles du secteur, de quels sujets il faut qu’on parle, quels sont les projets sur lesquels il faut qu’on mette plus de lumière, que ce soit sur des secrets de fabrication, etc. Il y a beaucoup d’étudiants aussi pendant le festival, donc on se demande ce qui peut les intéresser. Les exploitants, eux, voient les rencontres comme des temps de formation. Il faut donc trouver un équilibre entre tout cela pour avoir un festival qui propose suffisamment de choses, sans en proposer trop, afin de ne pas disperser notre public. Il faut que tout le monde y trouve son compte. Par exemple, on s’est rendu compte que les court-métrages étaient le cœur du festival, car ce n’est pas souvent qu’on en voit en salle. On a donc décidé de développer cet aspect-là et de mettre l’accent dessus. Il faut aussi trouver quel professionnel va accompagner les séances, pour ne pas toujours inviter seulement les réalisateurs ou réalisatrices, mais aussi d’autres profils. C’est quelque chose qu’on fait de manière générale à l’AFCA, on essaye de mettre toutes les étapes de la production d’un film, depuis l’écriture jusqu’à la diffusion. Ça veut dire inviter parfois des technicien.nes, des scénaristes, des compositeur.ices. Voilà en gros mon métier, de la veille en allant à d’autres festivals et dans des rendez-vous pro, jusqu’à accueillir concrètement les invités et organiser les séances sur place.
L.M.C. : D’une manière générale, combien de temps ça prend d’organiser un festival tel que celui-ci ?
J.F. : Concrètement, on est dans l’organisation à partir du mois de novembre, mais on va dire que le travail de veille se fait sur l’année. Mais oui, le cœur de l’organisation, c’est Novembre, une fois que la fête du cinéma est passée – fin Octobre – on réamorce l’organisation la plus intense du festival.
L.M.C. : Chaque année, vous concevez un programme spécial sur une certaine thématique. Pouvez-vous nous en parler ?
I.V. : En fait, c’est seulement la deuxième année, c’est un peu ma touche personnelle. Quand je suis arrivée, je me suis dit que ce serait bien d’avoir cette thématique, ce film rouge. L’idée était de pouvoir rentrer dans le festival d’une autre manière, en trouvant ce qui anime un peu la profession à un moment donné. Par exemple, l’année dernière le fil rouge était sur l’enregistrement des voix et de la musique. On avait entendu beaucoup de réalisateurs nous dire qu’il y a une mutation, qu’on n’enregistre plus du tout les voix de la même manière, parce qu’on a envie qu’elles soient très vivantes. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à aller voir et que cela pouvait être une entrée intéressante. On a à cœur aussi de mettre la musique et les voix dans le cinéma d’animation en valeur. Cette année, on s’est demandé ce que pouvait être notre fil rouge. Et on s’est rendu compte qu’il y a une tendance à beaucoup d’adaptations, que ce soit des jeux vidéo, des nouvelles, des romans, beaucoup de BD et de romans graphiques, surtout en animation. Qu’est-ce que ça signifie ? Est-ce que c’est bien ? Est-ce que ça n’appauvrit pas la création originale ? C’est quoi les avantages et les inconvénients ? Est-ce que le public est au rendez-vous ? Donc on a eu envie d’interroger les créateurs, les producteurs, et de revenir un peu là-dessus. Dans les 10-12 long-métrages, on se rend compte qu’il y a pas mal d’adaptations, et si on va voir du côté des séries, c’est encore plus fort. On a de plus en plus de mal à trouver des séries originales, pourtant on a un prix de la série originale au festival. L’année dernière, on avait parlé de la crise qui touchait le cinéma d’animation. C’est aussi une prudence de la part des producteurs et des diffuseurs qui ont envie de prendre moins de risques, d’être sûrs que le film trouve son public, . . . C’est aussi une manière de réinterroger où on en est de la crise, comment va la filière, etc. Et puis, ça nous a beaucoup amusé de tirer le fil des adaptations, notamment à venir, parce qu’on se rend compte qu’il y en a pas mal qui viennent. C’est un sujet très riche, on aurait pu faire plusieurs festivals sur ce sujet-là.
L.M.C. : Jeanne, pour revenir sur les 12 long-métrages du Festival, comment les avez-vous choisis ? Il y a un lien avec ce fil rouge, mais y a-t-il d’autres critères ?
J.F. : L’enjeu est de montrer les long-métrages français sortis depuis la dernière édition du festival. On n’a quasiment pas d’avant-première. L’idée est de montrer toute la richesse et la diversité de l’animation française. Il y a beaucoup de co-productions, mais ça montre justement la richesse de la production. Ensuite, on a des sélections avec des séances spéciales qui seront pour l’ouverture ou la clôture du festival. Pour ces séances, on peut avoir une avant-première, un film inédit ou bien on montre des films fêtant leurs 10 ou 20 ans. C’est le cas par exemple d’Avril et le monde truqué ou Les Noces Funèbres. En gros, c’est comme ça qu’on choisi les films. Il faut qu’il y ait toujours un lien avec le festival. On s’autorise parfois sur des séances spéciales à avoir des films qui ne sont pas français, mais sinon c’est ça notre fil directeur.
L.M.C. : Est-ce un choix compliqué de choisir 12 long-métrages ?
J.F. : En fait, à quelques exceptions près, il s’agit de la totalité des films français sortis dans l’année écoulée. Et puis, généralement, ce sont des films qu’on accompagne à l’année. On a un label qui s’appelle l’AFCA S’ANIME et on accompagne des long-métrages. Donc c’est un travail qu’on fait à l’année, on a tout un travail de pédagogie qu’on mène notamment avec les acteurs de la diffusion – les salles de cinéma, les médiathèques, etc. Comme ça, ils ont conscience que ces films sortent, parce que certains films peuvent être un peu confidentiels. Et puis, certains films ont peur d’être montré, surtout ceux pour un public ado-adulte. Les films jeunes publics n’ont pas trop de mal à exister en salles, et encore, mais pour ceux adultes, c’est plus compliqué. Donc c’est là que notre association va se positionner, pour permettre aux gens de voir, revoir et se familiariser avec d’autres types d’imaginaires et d’univers.
I.V. : En fait, c’est une section sur laquelle on ne fait pas de sélection. C’est la production qui s’impose à nous.
L.M.C. : Vos choix se tournent donc plutôt vers les court-métrages ? Vous en avez environ 300 et vous en avez gardé 69 cette année, que vous répartissez en dix catégories. Comment les avez-vous imaginé ?
J.F. : Cette année, on a reçu 220 films étudiants 80 films professionnels. Deux comités de sélection différents les visionnent, puis ils font une sélection d’une trentaine de films dans chaque catégorie. Ensuite, nos programmes de compétition mélanges les films étudiants et ceux professionnels. Sur les cinq premiers programmes, il y a des enjeux de tranche d’âge. Parce que ces programmes vont être montrés entre autres à des groupes scolaires ou des centres de loisirs. Donc on doit construire des programmes accessible à partir de 3 ans. Ensuite, au sein de ces cinq programmes, il faut quand même une certaine cohérence et qu’ils ne partent pas dans tous les sens. On essaye aussi d’avoir des programmes qui montrent la diversité de ce qu’il y a dans le cinéma d’animation, donc plusieurs techniques, plusieurs tons, etc. Puis, pour les programmes « adultes » je tire plutôt des fils thématiques. J’essaye de trouver des points communs entre les films. On va avoir un programme qui va plus parler de relations amoureuses, une de la famille, une autre des femmes ou de la question du corps . . . Ce n’est pas toujours évident, parce que je ne fais pas les thèmes avant d’avoir les films. Donc il faut trouver des fils parfois un peu tirés, mais qui permettent de donner une cohérence au programme. Et il y a toujours des enjeux de représentation des techniques, des tons, pour avoir des programmes qui ne sont pas seulement de la comédie ou du drame.
L.M.C. : Le cinéma inclut aussi les jeux vidéos et les clips. D’après vous, qu’est-ce qui relie tous ces secteurs ?
J.F. : On va dire que le clip est un terrain d’expérimentation pour l’animation. C’est aussi un endroit qui permet à beaucoup de réalisateurs de vivre, parce que ce sont souvent des films de commande. Donc c’est très important aussi et on a des propositions de clips assez impressionnantes. Cette année surtout, on a une sélection de clips très belle. Ensuite, c’est la première année où on va inclure ce rendez-vous cinéma et jeux vidéo, proposé par le TNB. Et ça fait parti des sujets sur lesquels on réfléchit ; beaucoup d’écoles d’animation forment aussi aux jeux vidéo. Donc il y a de nombreux enjeux similaires et cette année ce sera une première entrée pour parler du jeux vidéo sous le prisme du cinéma. Jean-Baptiste Massuet, qui animera ce rendez-vous, va faire une analyse filmique d’un jeu vidéo. C’est comme ça qu’on pourra commencer à faire des ponts entre les deux pratiques. On essaye de réfléchir à comment est-ce qu’on peut aborder ça dans le festival, petit à petit.
L.M.C. : Parmi toute la sélection de cette année, quel long-métrage ou atelier de la programmation voudriez-vous recommander en particulier ? Avez-vous un coup de cœur ?
J.F. : Dans les long-métrages, c’est difficile. Mais on peut parler de notre film d’ouverture qui est un choix de curiosité.
I.V. : C’est un film qui va surprendre !
J.F. : Ce sera une avant-première – le film sort au mois de Juillet – il s’agit de Bouchra. C’est une co-production entre le Maroc, l’Italie et les États-Unis.
I.V. : Ce qui n’est déjà pas banal.
J.F. : C’est un documentaire animé, une mise en abîme du parcours d’une des réalisatrices et la façon dont elle a fait son coming-out à sa mère. Et comment cette dernière l’a vécu, dans un pays comme le Maroc qui n’est justement pas forcément très ouvert sur ces questions-là. Elle, en tant que réalisatrice ayant émigré aux États-Unis, se questionne sur la façon de faire un film là-dessus. Comment faire un film peut aussi permettre de renouer le dialogue, de questionner son rapport à la famille, aux relations amoureuses, tout ça dans une animation très surprenante avec des personnages qui sont tous des animaux. Ce film est un ovni, mais très bien écrit, sensible et ça nous a vraiment touché. C’est pour ça qu’on voulait montrer ce film en ouverture. Pour le film d’ouverture, on peut se permettre de faire un pas de côté, de ne pas montrer des films français mais justement de montrer des films que le public n’aurait peut-être pas eu l’occasion de voir autrement. Bouchra est un film qui a beaucoup tourné dans des festivals, il a eu le grand prix au FIFIB mais assez peu dans des festivals d’animation. Donc pour notre public, c’est peut-être l’occasion de voir ce film qu’ils n’avaient pas forcément identifié.
I.V. : C’est montrer aussi tout ce que peut l’animation : là, on est vraiment de l’ordre du documentaire. Le public de l’ouverture s’attend peut-être à un film plus classique, c’est aussi une manière de surprendre et d’interroger sur ce que peut l’animation.
L.M.C. : Une dernière question pour vous, Isabelle, sur l’avenir de l’animation française. Avec la venue de l’IA, le secteur de l’animation est particulièrement menacé. Est-ce que cela vous inquiète ?
I.V. : Je pense que toute la société est inquiétée par l’IA. Ce matin je me suis réveillée avec la radio qui parlait du chômage des jeunes à cause de l’IA. Ça faisait peur, oui. La filière est très inquiète, que ce soit du côté de la musique ou du côté des jeunes entrants, mais on va dire que le CNC, les syndicats, les producteurs, etc, tentent de mettre des cadres et des règles afin d’éviter des dérives. Il y a une surveillance, une inquiétude et j’ose espérer que l’être humain et la société vont freiner ce mouvement qui va nous amener dans un mur, de toute façon. D’une manière générale, c’est vrai que ça fait peur. On assiste à quelque chose d’assez inédit. Mais pour le moment, de notre côté, ce qu’on voit ce sont des films fait sans IA, étonnamment. On n’a pas eu soudain un flot de films faits en IA. Et les films produits aujourd’hui sont toujours aussi créatifs. Là-dessus, l’animation est absolument incroyable, on ne s’en lasse pas. Donc pour le moment, du point de vue programmation, pas d’inquiétude. Mais on va voir avec les années. En tout cas, il y a une surveillance et une inquiétude, mais qui est de toute part et qui dépasse évidemment l’animation.
J.F. : Oui, il y a beaucoup de travail et de réflexions autour de la question de l’intelligence artificielle dans l’animation. Pour voir à la fois comment on peut s’en emparer, avoir un regard critique et une prise de recul sur le sujet sans forcément tout diaboliser mais en faisant attention. On se questionne aussi sur quel cadre on peut mettre, comment endiguer et ne pas se laisser dépasser par le sujet.







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