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Les Petites marguerites – Une femme est une femme

Marie 1 et Marie 2 s’ennuient fermement. Leur occupation favorite consiste à se faire inviter au restaurant par des hommes d’âge mûr, puis à les éconduire prestement. Fatiguées de trouver le monde vide de sens, elles décident de jouer le jeu à fond, semant désordres et scandales, crescendo, dans des lieux publics.

Věra Chytilová occupe une place particulière dans l’histoire du cinéma tchèque. Avant-gardiste, féministe, formaliste, libertaire, rebelle, moderne, censurée… Née en 1929 et décédée en 2014, elle a réalisé 14 long-métrages entre 1963 et 2006, même si son deuxième – et plus important – film, Les Petites marguerites, a été immédiatement interdit par le gouvernement tchécoslovaque. Ce chef-d’œuvre de la nouvelle vague cinématographique tchèque, également film mythique du printemps de Prague, très peu diffusé, a eu peu de chance d’être vu du grand public jusqu’à aujourd’hui. Malgré cela, Věra Chytilová n’a pas opté pour l’immigration (comme Milos Forman par exemple) mais elle est restée dans son pays natal, et a du lutter pour continuer à réaliser des films.

Le scénario [d]es petites marguerites se joue du contraste entre le contexte social/politique, présenté au tout début du film (plans de bombardements qui renvoient à l’actualité, la guerre) et l’attitude folâtre des deux jeunes filles « dépravées ». Tout le long du film, leur comportement absurde prend un ton de plus en plus choquant, excessif, destructif. En mettant en scène ces deux personnages pleines de joie, sans limite, effrontées et en cela dangereuses – dans une période où le régime dictatorial communiste était imposé aux Tchèques -, Chytilová exprime son propre désir de liberté.

Elle adopte ici une esthétique visuelle abstraite, également en opposition avec le réalisme socialiste de l’époque apprécié dans les pays de l’Est. Avec une approche pop art fragmentée, qui met en avant le collage, les allers-retours permanents entre le noir et blanc et la couleur, l’improvisation dadaïste et psychédélique à la fois, Chytilová s’inscrit dans la liste des cinéastes d’avant-garde par excellence. Pour cette raison, Les petites marguerites est comparable à certains films phares de la nouvelle vague française: les premiers films de Godard dans les années 1960, ou Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette, réalisé une décennie plus tard, qui s’est clairement inspiré du travail conceptuel de Chytilová.

Malavida (édition collector) a réédité la version restaurée du film en DVD, avec, en bonus:

  • Un sac de puces, un court-métrage de Věra Chytilová (1962, 43’, vostf)
  • Les Petites marguerites de Romain Le Vern et Anne-Laure Brénéol (2008, 13’, Malavida)
  • Philippe Katerine présente (2018, 4’, LaCinetek)
  • un livret 20 pages comprenant des interviews de Věra Chytilová, Jan Kučera (chef-op), Ester Krumbachová (dir. artist.) ainsi q’un article de Julien Gester (Libération).

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