La fille de Brest : d’Emmanuelle Bercot

Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité.

Voici typiquement le type de film qui plait pour des raisons non cinématographiques. Avant même que nous ayons accès au film en avant-première presse des bruits courraient que le dernier Bercot était « excellent ». Quand, avant sa sortie, le film était présenté au public, les questions fusaient. Et pour cause. Voici narré un scandale sanitaire ultra médiatisé porté par une héroïne dynamique et sympathique. Plus vraiment une fille -contrairement à ce que sous- entend le titre- mais une femme qui, dans la vraie vie, existe -la pneumologue brestoise Irène Frachon, ici interprétée par la danoise Sidse Babett Knudsen. Bercot ne s’est pas caché de s’être inspiré largement des américains, et tout particulièrement d‘Erin Brockovich de Steven Soderbergh. Histoire vraie, personnage réel haut en couleur, scandale sanitaire.  Pourtant La fille de Brest n’est pas de la même trempe que son inspiration américaine. Nous ne connaissions ni l’affaire ni le personnage d’Erin Brockovich -l’un des meilleurs Soderbergh-, secondaires face à la performance de Julia Roberts et le traitement cinématographique des enjeux : un véritable objet de cinéma, où les faits réels s’effaçaient au profit du Cinéma.

La fille de Brest nous apprend nombre de choses -pour qui n’était pas plus informé que ça de l’affaire du Mediator : ce que le médicament abîme ou abîmait précisément dans le cœur, le fait que la découverte de sa nocivité ait été faite au CHU de Brest, que l’affaire n’est pas terminée et que le combat de Frachon et des victimes continuent.

Soulignons au passage la maladresse de l’envie de montrer les  petits « bretons » face au grand méchant labo parisien : sons de binious lorsque l’équipe agit, authenticité, franchise et simplicité voulues des personnages, vagues grises et images pluvieuses brestoises à qui mieux mieux. A croire que la Bretagne et ses habitants sont un sujet qu’on ne peut traiter avec justesse au cinéma.

L’aspect informatif, exhaustif, documentaire, et le souci d’efficacité de la narration font s’éclipser la cinématographie de l’objet. Voici un film qui fait écho à Réparer les vivants, un film qui plaira à ceux qui n’aiment pas le cinéma mais se soucient des faits réels, des « sujets » un film qui, une fois diffusé à la télévision sera suivi d’un débat, d’une investigation, d’un documentaire.  Les nombreuses questions du public lors des avant-premières nous ont montré un avant-goût précis de l’intérêt pragmatique suscité.

On appréciait Bercot pour son style si reconnaissable, son art du malaise extrême -traumatisants, frappants, marquants La puce, Clement, Backstage, Mes chères études. Cette patte, ce style si reconnaissables qui font qu’on reconnait un bon voire un grand cinéaste sont complètement absents de ce documentaire illustré qui ravira les amateurs de faits de sociétés journalistiques narrés de manière efficace et « sympa ».

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