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Une grande fille – l’art de la mise en scène

Dernière mise à jour 27 août, 2019

1945. La Deuxième Guerre mondiale a ravagé Léningrad. Au sein de ces ruines, deux jeunes femmes, Iya et Masha, tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur vie.

Une grande fille est un film russe dans son essence. Si le jeune réalisateur Kantemir Balagov se revendique de Sokourov on songe plus volontiers à S. Loznitsa, pour le propos, l’âme slave.

Il s’agit d’un sujet ample, traité de biais, au travers un personnage central (la grande fille) mais aussi et surtout son acolyte, fantasque et, en apparence, souriante à la vie. Les deux personnages semblent très antagonistes, leur union tient du contraste quasi improbable. Balagov pour raconter son histoire soigne le moindre détail photographique, le moindre décor, le moindre plan: la mise en scène de bout en bout du film sera somptueuse, parfois inventive, souvent référencée. Le sujet en lui même a de quoi remuer, il s’ancre sur des thématiques douloureuses, historiques, féministes et personnelles. Le sujet a d’autant plus de quoi imprimé la rétine, qu’il nous est présenté sans aucun fard, dans toute sa rudesse, jamais le mélo ne s’invite.

Il manque certes un petit quelque chose -probablement une épaisseur supplémentaire, mais le film se classe parmi nos coups de cœur de cette édition du festival de Cannes 2019! Les 2h14 du film ne se ressentent aucunement : à aucun moment le spectateur ne peut deviner les évolutions du récit à venir. De nombreux plans sont saisissants et particulièrement cinématographiques, les regards, les sourires, dépeignent bien plus encore que les dialogues les conflits, les amours, les déconvenues, l’ironie, la gravité, la détresse.

Si le film s’intitule une grande fille, si cette dernière est essentielle au récit , elle constitue cependant une héroïne bien moins centrale que sa comparse sur qui le récit psychologique réside. S’il donne lieu à une apparente absurdité, notamment la légèreté dans la façon de vivre de la jeune femme, ses excès, à une ironie omniprésente, ces quelques artifices ne sont que des caches misères, des défenses (ou des traumatismes; l’éternelle question de la cause et de la conséquence… ) en réponse à l’atrocité de la guerre.

La mise en scène, elle même, s’évertue à égayer le tableau social qui se masque, ce hors champs omniprésent … La forme en vient presque à occulter le fond, d’images en images, elle imprime la rétine. Pour vous en donner une idée, et quoi que la tonalité d’ensemble en soit aux antipodes, ce régal pour les yeux du spectateur peut rappeler l’émerveillement que l’on a pu avoir pour certaines œuvres de Jim Jarmusch ou d’Aki Kaurismaki lorsqu’ils sont en forme.

D’ailleurs, le jury ne s’y est pas trompé en lui décernant le prix du jury:

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