Faute d’amour- un cri du cœur ?

Boris et Genia sont en train de divorcer. Ils se disputent sans cesse et enchaînent les visites de leur appartement en vue de le vendre. Ils préparent déjà leur avenir respectif : Boris est en couple avec une jeune femme enceinte et Genia fréquente un homme aisé qui semble prêt à l’épouser… Aucun des deux ne semble avoir d’intérêt pour Aliocha, leur fils de 12 ans. Jusqu’à ce qu’il disparaisse.

Comme d’autres cinéastes russes contemporains Andrey Zvyagintsev perpétue la ligne tracée par Tarkovski, celle d’un cinéma exigeant, ancrée, qui s’attaque tout à la fois à l’âme russe, à la réalité sociétale, aux éléments et à la mystique qui peut s’en dégager.

Son Leviathan avait obtenu en 2014, assez inexplicablement – au sens où d’autres récompenses eut été plus évidente–  le prix du scénario, un peu plus tard dans l’année il avait obtenu le Golden Globes du meilleur film en langue étrangère.

Nous attendions donc beaucoup de Nelyubov (depuis rebaptisé Faute d’amour) lorsqu’il fut projeté parmi les premiers films en sélection officielle au Festival de Cannes. Car rares sont devenues les œuvres profondes, dont le sujet se dessine strate après strate, demandant un effort au spectateur. Le récit est une chose, son signifiant masque souvent, dans les films de Zvyangitsev une vérité plus floue, une interrogation bien plus qu’une affirmation. Dieu, Diable, Monstres, Fatalité, destin de l’homme dans une contemporanéité  voici quelques unes des obsessions de notre cinéaste. Faute d’amour n’échappe pas à la règle.

La métaphore filée par Faute d’amour est immédiate. Lorsque Zvyagintsev vous parle d’un couple, d’un enfant, il évoque avant tout deux peuples qui se déchirent et dont les enfants sont les victimes. Il évoque le conflit et ses conséquences, ou plus précisément en explore les causes, les sources partant d’un constat simple, l’amour a laissé la place à l’indifférence dans le cœur des gens.

Ouvertement, le cinéaste russe provoque, choisit une tonalité radicale, jusque dans le titre. Sa force première est de tenir cette ligne de la première à la dernière seconde, sans jamais se renier, sans jamais lâcher prise. L’amour n’est plus, il ne sera pas, même lorsqu’il semblerait évident qu’il renaisse, nous dit-il. L’effet est saisissant car le regard porté s’appuie bien évidemment sur des éléments très réels, sur des observations très justes; le constat en lui même et la réflexion liée sont très loin d’être fantaisistes, et le spectateur éveillé partagera probablement tout ou partie de la théorie exposée.

Faute d’amour est clinique, il montre peu, évoque beaucoup, il est froid, presque pessimiste. Les plans fixes sont très allégoriques d’un monde qui a perdu ses racines, son ancrage, ses valeurs.

 

Mais Faute d’amour, quoi qu’il ait assurément de la force,  n’est pas un film fort. Bon, voire très bon, il porte ses sujets de façon chirurgicale: l’indifférence, l’égoïsme, l’absence d’amour ont des effets bien plus dévastateurs qu’ils ne le laissent présager. Critique politique, critique sociétale, Andrey Zhyagindsev signe un film à la beauté froide, où le mystère tient une part importante.

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