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La disparition d’un monstre sacré …

Le cinéma français déplore, nous l’apprenons ce 18 Mai 2020, la perte d’un de ses derniers monstres sacrés. Michel Piccoli, que l’on imaginait et espérait increvable s’en est allé. Il laisse derrière lui une filmographie majeure, une oeuvre inclassable, sans pareille, marquée par des choix forts, audacieux et très souvent gagnants.

Les grands réalisateurs ne s’y sont pas trompés, Piccoli dégageait quelque chose que peu ont, une grâce, une élégance, une force. A contrario d’un Depardieu ou d’un Dewaere aux forts contrastes masculins-féminins, forts et tendres à la fois, Piccoli serait plus à rapprocher d’un Delon fier et beau: il a souvent irradié les films qu’il traversait, marqué par la pellicule et les rétines par sa simple présence. Son magnétisme tenait de son aplomb, de sa voix grave et caractéristique, élégante, de son verbe, haut, littéraire, servi par un phrasé sans pareil, rassurant le plus souvent, oscillant avec aisance entre douceur et exaltation, de sa gestuelle, assurée, de son occupation de l’espace, et enfin et surtout de son énergie si distinctement masculine.

Il est quasi impossible de ne retenir que quelques films … Tout cinéphile qui se respecte peut citer une de ses compositions; les plus anciens vous citeront ses premiers pas pour Christian Jacque ou Louis Dacquin, ses participations à des films de Jean Delannoy, René Clair, les plus jeunes vous citeront sa récente appraition dans le court métrage Notre dame des hormones d’un jeune réalisateur avant-gardiste (Bertrand Mandico) ou le rôle qu’il tenait dans Holy motors de Carax, les plus hardcore vous rappelleront que Piccoli c’était Le mépris de Godard, mais aussi -entre autres –La grande bouffe de Ferreri, la plupart vous citeront tout simplement Claude Sautet, Luis Bunuel, mais à cette liste déjà très impressionnante nous pouvons encore rajouter plus de 20 réalisateurs/rices majeur(e)s: René Clément, Jean-Pierre Melville, Jacques Rozier, Manoel De Oliveira, Agnès Varda, Constantin Costa Gavras, Paul Vecchiali, Alain Resnais, Jacques Demy, Michel Deville, Henri-Georges Clouzot, Alfred Hitchcock , Claude Chabrol, Claude Lelouch, Jacques Deray, Jacques Rivette, Bertrand Blier, Elia Suleiman, Raoul Ruiz, Claude Miller, Youssef Chahine, Guillaume Nicloux, Elio Petri, Bertrand Tavernier, Louis Malle, Marco Bellochio, Jacques Doillon, Bertrand Bonello, Pierre Granier-Deferre, Jerzy Skolimowski, Thoe Angelopoulos Liliana Cavani, Ettore Scola, Nanni Moretti, et même Mario Bava.

On pourrait même citer Piccoli, le réalisateur, aux projets très ambitieux, et singuliers, entre hommage et point de vue artistique jusqu’au boutiste…

Rarement le terme de monstre sacré n’aura été aussi pertinent pour qualifier sa contribution au cinéma, traverser la filmographie de Piccoli, ne s’arrête pas à un ou deux films cultes qui se répètent, bien davantage ils racontent des histoires, des époques, des épopées, ils racontent le cinéma français tout entier, mais aussi plus globalement le cinéma d’art européen des années 40 à 2015. Et nous ne parlons pas de ses prestations sur les planches …

Nous sommes presque sans mots face à cette immense perte, nous compléterons cet article dans les jours à venir avec des extraits, des précisions, n’hésitez pas à y revenir …

Ainsi vont les choses de la vie

Dans Les choses de la vie, Michel Piccoli partage l’affiche avec Romy Schneider (photo DR).

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