Mis à jour le 15 février, 2026
Un film de Leyla Bouzid
Avec: Eya Bouteraa, Hiam Abbass, Marion Barbeau, Feriel Chamari
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris, notamment de sa vie amoureuse. Déterminée à percer le mystère de la mort subite de son oncle, Lilia se retrouve confrontée à des secrets de famille.
Notre avis : ★(★)
Il nous est difficile de ne pas dresser un parallèle entre La Petite Dernière d’Hafsia Herzi qui a fait sensation à Cannes et À voix basse de Leyla Bouzid, pour les thématiques traversées par les deux films. Leyla Bouzid, cinéaste franco-tunisienne, pose ouvertement la question, plus que jamais importante et universelle quand la pensée conservatrice gagne du terrain: est-il toujours normal, à notre époque, dans des pays comme la Tunisie, que l’homosexualité soit criminalisée, considérée comme un vice, ou une maladie psychologique ? À voix basse, nous fait découvrir, en suivant les pas de son héroïne principale, Lilia, une famille, dont les secrets nous seront peu à peu révélés, et qui feront naître chez Lilia un besoin de s’affirmer, de dire ce qu’elle ressent et porte sur le cœur.
Leyla Bouzid aborde son sujet de biais, avec délicatesse, sans chercher à heurter. Aux vives contestations, aux démonstrations clinquantes, elle préfère la nuance — elle ne cherche pas à juger, à provoquer, ou à rentrer en conflit avec ceux qui pourraient ne pas partager ses observations, mais à engendrer une réflexion, à diffuser un message à qui veut bien l’entendre. Elle confie sa voix à sa comédienne principale, Eya Bouteraa, qui interprète avec sincérité et une certaine intériorité une Lilia au départ contente de retrouver les siens mais qui, par la force des choses, se voit touchée par rebond d’un évènement fondateur. Elle en devient combative, désireuse de briser un silence devenu oppressant, car trop évocateur de ce qui se joue dans la Société, dont elle se sent, elle-même, victime. De multiples enjeux fleurissent, il s’agit de ne plus se cacher, de ne pas accepter, de s’exprimer, de s’affirmer, de mettre en question sans crainte ou honte d’être jugée, sans provoquer de séisme familial qu’elle ne recherche pas, sans elle même juger ou accuser trop vertement. Elle cherche à rester respectueuse d’une ancienne génération éduquée différemment, à ménager sa grand-mère aimante et endolorie par la mort de son fils, mais si fermée sur la question de l’homosexualité que l’ensemble de la famille a préféré taire son homosexualité. A l’instar de la démarche d’Herzi avec La Petite Dernière pointant la nécessité de l’émancipation, sans volonté de heurter, ou d’opposer les uns aux autres, Leyla Bouzid s’inscrit elle aussi dans un esprit de réconciliation, de prise en compte de l’autre, de ses avis, de ses ressentis.
L’approche patiente d’à voix basse se refuse à la radicalité, mais elle ne se refuse pas à montrer des états d’âme variants, oscillant entre colère, micro renoncements, et volonté d’avancer, pas plus qu’elle ne met de côté les conséquences psychologiques que le combat mené génère, ou les répercussions sur la vie sentimentale de Lilia, au quotidien. Leyla Bouzid traite son sujet avec sérieux, mais aussi, hélas, de façon relativement trop linéaire pour ne pas dire scolaire. A voix basse s’en trouve quelque peu enfermé, par un sujet qui prend le pas sur la forme, laquelle manque de singularité ou de relief. Là où Herzi parvenait à s’inscrire dans les pas de Kechiche, en permettant à des vérités de jaillir au milieu de scènes en apparence anodines, Bouzid se rapproche bien plus d’un Téchiné en petite forme, didactique et appliqué, qui ne laisse jamais son spectateur sans repère narratif, le guide en permanence, au détriment de la force politique du message. Mais bon Wenders l’a dit, le cinéma ne doit pas être politique donc …








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