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L’ Amnesty Film Festival

Mis à jour le 4 novembre, 2022

La 13e édition du AMNESTY FILM FESTIVAL aura lieu du vendredi 4 au 6 novembre 2022 au Reflet Médicis (3 rue Champollion – Paris 5). Au programme, 3 jours de cinéma humain et engagé autour des thématiques chères à Amnesty International. 3 temps forts rythmeront le festival avec la soirée d’ouverture (projection de KLONDIKE de Marina Er Gorbach), la soirée de compétition de courts-métrages, la soirée de clôture | projection de LE CHANT DES VIVANTS de Cécile Allegra.


L’ensemble de la programmation du week-end en détail est disponible ici

Les places sont au tarif unique 6.50€, les Ciné-carte CIP sont acceptées (les Pass UGC ne le sont pas). Il est conseiller de réserver vos billets ici.

Cette édition a notamment été rendue possible grâce à l’implication du secrétariat national d’Amnesty International France qui apporte son soutien dans la coordination avec les équipes, le repérage des films, le budget, et plus récemment en création et habillage. 

Nous avons pu nous entretenir avec Ievgeniia Sokova, la coordinatrice de l’Amnesty Film Festival, pour évoquer avec elle les missions d’Amnesty et de ce festival particulier et important.

L.M.G. Le festival présente pour objectif de « toucher les consciences et les cœurs, de susciter un engagement autour d’un moment de cinéma », mais aussi de faire du festival un évènement incontournable de la vie culturelle parisienne. Mais au long cours, comment définiriez-vous le lien entre l’action d’Amnesty International et le média cinéma ?

I.S. En deux mots : le cinéma engagé.
La lutte pour les droits humains c’est une lutte globale, à tous les niveaux, qui n’a pas de frontières et dont tous les outils existants sont à utiliser sans hésiter. La culture, et plus particulièrement le cinéma, c’est un moyen très fort qui permet de raconter une histoire, de passer un message, de créer une émotion et donc de sensibiliser le public à plusieurs sujets autour des droits humains, comme leur violation ou la lutte pour leur respect. Notre festival est un festival de cinéma engagé, qui rassemble donc le septième art et les missions principales d’Amnesty. L’événement physique à Paris nous permet de rassembler les personnes indifférentes à ces thématiques pour échanger et pour trouver des solutions, savoir ensemble comment il est possible de tout changer.

L.M.G. Le festival Amnesty Film Festival en est déjà à sa treizième édition, comment le festival a-t-il évolué au cours du temps et remplit-il les objectifs qu’il s’était fixé ?

I.S. Le festival a été créé en 2010 par un groupe de bénévoles militants d’Amnesty International. Douze ans après, le festival, lancé en tant qu’une initiative locale de cinéphiles engagés, est devenu un festival connu de la scène culturelle de Paris, qui a sa réputation de programmation et de rencontres de qualité et son public fidèle qui vient chaque année à toutes les projections. D’ailleurs, concernant la programmation, nous sommes passé de films moins connus aux films en avant-première nationale et parfois internationale primés aux grands festivals comme le Festival de Cannes, Berlinale, Sundance, Mostra de Venise … Aujourd’hui, nos films sélectionnés sont souvent nommés aux Oscars et en sont les lauréates, ainsi que d’autres prix célèbres. Nous avons des invités incroyables du monde du cinéma et des droits humains. Je trouve que tout cela signifie que pour un projet bénévole, c’est sans doute une grande réussite. Un énorme travail a été fait pour être à ce niveau pour cette treizième édition, et nous en sommes très fières.

L.M.G. Quels en seront les temps forts cette année ? Avez-vous des conseils particuliers à prodiguer ?

I.S. Nous adorons tous les films de notre sélection : on trouve que chaque film est magnifique à sa façon. S’il faut prodiguer des conseils, je dirais qu’il faut plutôt choisir la thématique qui vous intéresse le plus : la guerre en Ukraine, le droit à l’avortement aux Etats-Unis, la révolution à Chili… ou une autre ! Concernant les temps forts, il y aura la soirée d’ouverture, la soirée de la compétition de courts métrages de samedi soir et la soirée de clôture suivi d’un cocktail. Ce sont des soirées avec des prises de paroles, des invités, la remise des prix. Elles sont donc un peu plus spéciales par rapport aux autres séances du festival.

Cécile Allegra

L.M.G. Votre invité d’honneur cette année est Cécile Allegra, pourquoi avoir pensé à elle ?

I.S. Nous avons rencontré Cécile Allegra en 2006, lorsqu’on a projeté son documentaire Voyage en barbarie dans le cadre de notre sixième édition. Cette année, son nouveau documentaire Le chant des vivants est notre film de clôture. Tous les deux parlent des réfugiés mais d’une manière très différente, je dirais même opposée, et qui donc montrent la force incroyable du cinéma : le pouvoir de briser les cœurs et le pouvoir de les réparer. Voyage en barbarie est un documentaire cru, brut qui nous montre les horreurs vécus par les six jeunes survivants des camps du désert du Sinaï̈. Et Le chant des vivants, c’est un film très doux qui montre comment l’art peut guérir des âmes, cicatriser les blessures et donner de l’espoir à une nouvelle vie heureuse, en libérant des traumatismes du passé. Donc on trouve que Cécile Allegra est une personne parfaite pour parler à la fois de la magie de cinéma et comment il est possible d’utiliser sa force pour créer un engagement autour des droits humains, ce qui explique notre choix.

L.M.G. Vous proposez une programmation faite de longs-métrages et une compétition de courts métrages, sur quels critères les avez-vous retenus ?

I.S. Il y a plusieurs critères, et on passe avec l’équipe devant l’écran plusieurs heures pendant des mois pour faire la présélection, et après on a des débats pour choisir les meilleurs films à présenter à notre public.
Pour les courts-métrages, on commence par les critères de base : la durée maximale de 25 minutes, traiter un sujet autour de la thématique des droits humains, être en français ou sous-titrés français, être réalisé après le 1er janvier 2021… Et bien sûr, nous prenons en compte la qualité et l’actualité de
sa thématique. Pour les longs-métrages, c’est pareil. C’est un mix de critères différents : des critères techniques comme l’existence des sous-titres français aux critères artistiques et thématiques.

L.M.G. Au-delà du sujet en lui-même, qu’est-ce qui a prévalu dans la sélection : le regard de fond véhiculé, le message adressé, ou bien la forme cinématographique, son originalité ou sa beauté plastique au service du message ?

I.S. La vérité est que c’est tout ceci ensemble. Parfois, il arrive que nous ayons présélectionné, par exemple, trois films sur les réfugiés. Car, malheureusement (ou heureusement !), notre sélection de longs-métrages ne se compose que de six films. Bien évidement on ne peut pas programmer trois films sur les réfugiés, donc il faut en choisir un seul. Comment ? On discute avec l’équipe de tous ces critères que vous avez nommés, ainsi que les points organisationnels : est-ce que le film sera projeté en avant-première ou non, s’il a des sous-titres français ou pas, quelles sont les conditions de projection demandées par les ayant droits, etc. Et, finalement, on finit par faire notre choix, même si ce n’est pas toujours simple. Aussi, le dernier critère important avant de valider un film, est l’unanimité. Cette année, l’équipe de sélection est composée de 6 personnes, même si nous toutes sont des cinéphiles et des personnes engagées pour les droits humains, on est quand même assez différentes, d’origines différentes et avec un gout différent. Donc pour trouver l’objectivité, la règle est simple : si tout le monde trouve le film fort et qu’il a sa place dans la programmation, c’est bon, le film est retenu.

L.M.G. Les sujets retenus le sont-ils en lien avec les priorités d’Amnesty sur le terrain en 2023 ?

I.S. Pour chaque édition, on fait le choix des films en se basant sur les missions principales d’Amnesty, tels que le droit de manifester, les droits sexuels et reproductifs, la lutte contre la peine de mort, la lutte contre les discriminations et les autres. Ils sont donc plus ou moins tous en lien avec le travail d’Amnesty : passé, en cours ou à venir. Une partie des films sélectionnés sont souvent aussi soutenus par Amnesty, c’est-à-dire que hors du festival ces films auront un dossier pédagogique, ils vont être accompagnés, plusieurs projections débats seront organisés. C’est par exemple, le cas du documentaire Mon pays imaginaire de Patricio Guzmán qui rentre dans le cadre d’une grande campagne d’Amnesty International pour le droit de manifester.

L.M.G. Aucun court métrage ne traite de l’actualité Russe, Ukrainienne ou Iranienne qui truste les médias. Ils ne parlent pas non plus de conflits moins médiatisés, comme celui entre les Azeri et les Arméniens, les Ouïgours, ou les nombreux conflits en Afrique. Certains courts métrages évoquent des situations passées. Est-ce qu’il vous semble important de s’inscrire dans l’actualité ou au contraire de faire appel à la mémoire, pour mieux faire ressortir que ce qui se passe aujourd’hui, se passait déjà hier, et se passera hélas probablement demain ? Est-ce que l’action d’Amnesty se situe plus au niveau des cas particuliers de personnes dont les droits sont bafoués que sur des causes universelles sur lesquelles d’autres organisations auraient un rôle plus important à jouer ?

I.S. Pour commencer, je voudrais préciser qu’il n’y a que sept courts-métrages qui font partie de la compétition de cette année. Et chaque année, c’est à peu près le même nombre pour respecter la durée d’une séance de cinéma. Donc même si on voulait parler de tous les problèmes actuels du monde (on ne va pas cacher qu’il y en a un peu trop ces derniers temps), on ne pourrait pas le faire en seulement une heure et demie… Aussi il faut dire que la majorité des courts-métrages est choisie grâce à notre appel à courts métrages pour donner la possibilité de s’exprimer à toutes celles et ceux qui le souhaitent, mettre en lumière des cinéastes pas encore connus du grand public. Et, chaque année, on reçoit des courts métrages très différents, venant des pays différents et qui traite des sujets différents.
Par exemple, en 2020, le Grand Prix des Droits Humains a été décerné à El Inferno de Raúl de la
Fuente
qui parlait de la prison pour adultes de Freetown qui rassemble plutôt à l’enfer, et en 2021, ce prix a été décerné à White room de Jakub Jirásek qui parlait de la torture blanche et basé d’un témoignage authentique d’un prisonnier politique iranien ayant survécu à cette torture. De plus, qui décide du sujet qui mériterait le plus d’attention ? Toutes les personnes ont les mêmes droits, ils ont droits au respect et à la vie en sécurité. Personne de plus, personne de moins. En France, en Chine, en Afrique ou ailleurs. Cette année, les courts-métrages sélectionnés parlent du métier souvent oublié, celui des interprètes lors des tribunaux des crimes de guerres, de la lutte des femmes pour leurs droits au Brésil, de l’absence de ces droits pour les femmes en Afghanistan après l’arrivée au pouvoir des Talibans, la précarité des migrants sans papiers qui nous livrent nos dîners quand il pleut alors que nous sommes tranquilles, chez nous devant la télé. De la violence policière et de l’absence de la justice en Tunisie, de la lutte d’une femme indigène transgenre d’être acceptée en tant que femme par sa communauté, de la précarité menstruelle… Je pense que finalement, personne ne peut réellement dire si tels sujets sont plus importants que tels autres.

L.M.G. Quel est selon vous le pouvoir d’un cinéaste face à l’injustice ? Avez-vous des exemples en tête qui vous font penser que le cinéma peut changer l’ordre des choses et éveiller les consciences ?

I.S. D’abord, grâce au langage qu’il maitrise, le pouvoir de créer et diffuser un message, le pouvoir de faire naître une émotion chez les personnes et qui va les faire se mobiliser et agir pour telle ou telle cause. Le pouvoir de raconter une histoire, c’est un pouvoir très fort qu’il ne faut pas sous-estimer. Comme exemples, on peut parler du documentaire que nous avons projeté l’année dernière, Shadow Game de Eefje Blankevoort et Els Van Driel, sur les réfugiés mineurs non accompagnés. À part de la qualité du documentaire en soi, le film a créé un vrai mouvement pour changer l’ordre des choses. Un manifeste a été créé et signé par plus de 32 000 personnes, les personnages du film ont été invités au Parlement Européen, à la Commission Européenne pour raconter leur parcours, pour témoigner sur tout ce qu’ils ont vécu avant d’arriver en Europe. Partager les émotions vécues lorsqu’on laisse derrière la famille, de laisser tout juste pour pouvoir vivre et avoir un avenir. Et ce n’est pas la liste exhaustive de toutes les initiatives autour de ce film qu’on conseille à regarder si ce n’est pas encore le cas.

L.M.G. Et quel est le pouvoir d’Amnesty International face à l’injustice ?

I.S. Le pouvoir d’Amnesty se trouve dans ses membres, ses adhérents, ses bénévoles. Grâce à leur mobilisation, leurs dons, leur temps, Amnesty International arrive à agir et comme conséquent fêter ses grandes victoires ! Donc je vais en profiter pour remercie chaque personne qui nous a aidé, qui nous aide et qui va aider à organiser notre festival et de pouvoir profiter de sa – déjà – treizième édition ! D’ailleurs, cette année, Amnesty International France a lancé le podcast WE MADE IT, pour justement parler de ses victoires et comment ça a été possible. Vous pouvez le trouver sur toutes les plateformes et donc en découvrir plus.

L.M.G. Amnesty peut-il financer des films s’ils véhiculent un message que vous souhaitez diffuser plus largement ? Des membres d’Amnesty sont-ils des cinéastes patentés ?

I.S. Amnesty sort des documentaires, plus souvent des courts-métrages, pour justement parler des
violations des droits humains en France et dans le monde. Si on parle de notre festival, un court-métrage produit par Amnesty a été projeté l’année dernière : il s’agit de Dans le viseur des autorités, de Arnaud Constant et Nicolas Thomas, qui vous fait voyager dans les Alpes, où des personnes réfugiées se retrouvent en errance, bloquées dans le froid. Cette année, on va projeter un court-métrage, Les exploités du Qatar, de Arnaud Constant et Nicolas Thomas, sur la Coupe du Monde au Qatar avec un mini-débat après pour parler de la violation des droits humains d’une échelle inimaginable, même les droits les plus basiques, qui a lieu pendant la préparation de ce pays à accueillir le championnat mondial.

L.M.G. Avez-vous des relations régulières avec des cinéastes de renom, documentaristes ou pas, qui vous interrogent ou travaillent certains sujets avec vous ?

I.S. Oui. Nous sommes en contact avec des personnes déjà rencontrées et nous sommes à disposition de toutes les personnes pas encore rencontrées pour développer les projets ensemble au bénéfice de tous et toutes.

L.M.G. Les films que vous diffusez dans le cadre du festival sont-ils pour vous plutôt des messages d’espoir ou au contraire des cris d’alerte ?

I.S. Les deux. Ce peut être un film d’espoir. Ce peut être un film d’alerte. Mais ça peut aussi être un film d’alerte qui en même temps est un film d’espoir. Comme par exemple, le documentaire The Janes qu’on projette cette année. Il parle de l’avortement illégal aux États-Unis il y a 50 ans, qui menaçait les libertés et la santé des femmes, mais aussi il parle des militantes incroyables qui ont tout changé et qui ont aidé environ 11 000 femmes malgré le danger énorme d’y être engagées ! Et quand on regarde les actualités et comprend qu’on est revenu au point depuis lequel tout avait commencé il y a 50 ans, c’est triste. Mais, en même temps, ça donne de l’espoir avec tous les mouvements pour protéger et accompagner des personnes qui ont besoin d’aide qui apparaissent. Comme celui de Janes à l’époque.

Çiğdem Mater

L.M.G. Vous appelez le public à se mobiliser autour d’un cinéaste empêché, cette année une productrice turque emprisonnée, Çigdem Mater. Vous auriez pu retenir des cas plus médiatisés comme ceux des cinéastes iraniens Rasoulof, Panahi, ou même russe, comme Oleg Sentsov ? Est-ce à dessein ?

I.S. L’idée est justement de mettre en lumière les cas qui ne sont pas encore très médiatisés, pour apporter du soutien à celles et ceux qui en ont le plus besoin, pour mobiliser la population et faire tout le nécessaire pour se rapprocher de la libération immédiate des personnes emprisonnées injustement.
Cette année, effectivement, notre marraine empêchée est Çiğdem Mater, productrice de cinéma, journaliste, traductrice turque. Elle est injustement emprisonnée depuis avril 2022, et vers la fin avril, elle a été condamnée à 18 ans de prison. Elle a été accusée d’avoir aidé Osman Kavala d’avoir joué un rôle de premier plan dans les manifestations pacifiques du parc Gezi en 2013. Amnesty International demande sa libération inconditionnelle et immédiate, ainsi que pour tous ses co-accusés, tous reconnus par Amnesty en tant que prisonniers d’opinion.

L.M.G. Amnesty existe depuis de longues années, et mène de nombreux combats, pouvez-vous nous parler des succès obtenus dont vous êtes fiers et qui vous donnent du cœur à l’ouvrage ?

I.S. Un exemple à vous donner et qui est surtout en lien avec notre festival, c’est la libération de Ramy Shaath, un militant égyptien-palestinien et notre parrain empêché de l’édition de 2019. Et tout ça, c’est grâce à la mobilisation incroyable de plusieurs personnes, après 2 ans et demi de mobilisation ! Avec sa libération et la joie d’avoir gagné ce combat, une des choses les plus importantes, c’est de comprendre que chaque vote compte, que chaque action est importante, que chaque – même petit – engagement pour la cause peut tout changer. Ce sentiment de force que chaque personne possède va droit au cœur et inspire à mener et continuer à mener d’autres combats.

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