
Lorsque son frère aîné, Thaddeus, est mystérieusement enlevé par l’Envoûteur, Lydia (11 ans) part à sa recherche dans la Mer de Brume. Recueillie par l’équipage du Dauphin, un navire volant, elle devient l’apprentie de l’astromagicienne Ambrosia. Celle-ci cherche d’autres enfants disparus, dont son propre fils. Bien décidée à résoudre ce mystère, Lydia devra apprendre l’astromagie et ainsi affronter l’Envoûteur.
Film d’animation francophone, beau mélange de magie et de pirates, aux tonalités d’aventure et de liberté, Lydia et le Vaisseau des tempêtes saura faire rêver les enfants tout comme les classiques façonnés par les studios Disney et Ghibli. Produit par la maison de production canadienne 10e Avenue – Kataya, le brave béluga (2023) ou encore Mission Yéti (2017) – cette réalisation collective au résultat homogène se veut dans la lignée de leurs productions précédentes : divertissante, captivante et universelle.
UN MONDE AUX MULTIPLES DETAILS
Lydia et le vaisseau des tempêtes impressionne tout d’abord par le minutieux travail de world building d’Emilie Rosas. Pour son premier long-métrage, la scénariste et réalisatrice canadienne relève un défi de haut niveau en s’attaquant à l’œuvre de Yves Meynard, qui plus est en choisissant le médium de l’animation. Emilie Rosas est parvenue à s’inspirer librement du Vaisseau des tempêtes et du Prince des glaces de l’auteur, pour faire de cet univers fantastique le sien, apportant une dimension à la fois universelle et personnelle qui se ressent à l’écran. En effet, Emilie Rosas choisit d’instaurer un personnage principal féminin. Ainsi Lucas, du Vaisseau des tempêtes, devient donc Lydia. Ce changement, au premier abord peut-être plutôt minime, permet une transposition complète du récit, raconté ainsi à travers les yeux d’une jeune fille. De plus, en décidant de changer le sorcier Ambrosius en Ambrosia, doyenne qui va accompagner la jeune fille dans son apprentissage, la scénariste et réalisatrice approfondit la thématique des relations mère-fille ; rendant la mage et institutrice une mère de substitution pour Lydia. Le monde embrumé du film déborde de mystères, de créatures fantastiques et d’évènements magiques.
UNE AVENTURE FAMILIALE
Ce film d’animation, véritable ode à la famille et à l’enfance, détenait les clefs d’une émotion plus forte encore, sans jamais parvenir à l’atteindre. Abordant des thématiques essentielles telles que le deuil, les souvenirs et le besoin de liberté propre à chacun, il saura cependant trouver son public auprès des familles et des enfants. Lydia et le vaisseau des tempêtes centre son récit autour du cercle familial : d’abord, la relation entre Lydia et sa mère est présentée comme très fusionnelle – la jeune fille rêve de devenir comme sa mère, astromagicienne – puis, en grandissant, elle devient très proche de son grand-frère. De même, élevée par sa grand-mère après la disparition de ses parents, celle-ci la couve un peu trop et devient, malgré elle, une force d’opposition. Enfin, son séjour auprès de l’équipage du Dauphin, et surtout son apprentissage sous la protection de la grande mage Ambrosia, lui permet de se forger une famille de substitution, élargissant sa vision du monde par la même occasion. La mère semble une figure récurrente ici, puisque l’on apprend assez vite le lien entre Ambrosia et l’Envoûteur qui se révèle être son fils. Ainsi, Lydia et le vaisseau des tempêtes dresse le portrait de deux mères bien différentes et, surtout, imparfaites. A travers sa rencontre avec Lydia, Ambrosia parvient à réparer, d’une certaine manière, ses torts et à se rendre compte de ses erreurs. Le film marque là un point essentiel : même les mères – et les plus grandes astromagiciennes – sont humaines. Seulement l’envie de recoller les morceaux arrive parfois trop tard.
L’ENVOÛTEUR, OU VOLEUR DE SOUVENIRS
Mystérieux et inquiétant sous son capuchon noir, l’Envoûteur mène une quête perdue d’avance. En volant les souvenirs des enfants disparus, il tente désespérément d’oublier les siens. Ceux d’une enfance dure et traumatique. Très proche de l’histoire de Lydia par bien des aspects, celle de l’Envoûteur évoque forcément Peter Pan et son irréalisable souhait de ne jamais grandir. Tout comme le personnage de J.M. Barrie, repris ensuite par Disney, l’Envoûteur est entouré d’enfants perdus et dépourvus de tous leurs souvenirs, qui ne cherchent qu’une seule chose : jouer et s’amuser. Leur comportement presque effrayant rappelle à quel point les souvenirs, absolument essentiels à notre vie, nous façonnent : sans eux nous ne possédons plus rien. Devenant seulement des coquilles vides. Le personnage de l’Envoûteur, grand antagoniste du film, montre l’importance des souvenirs d’enfance et la manière dont cela peut nous impacter une fois adulte. A l’instar de Lydia, qui a vécu la perte de ses parents à un jeune âge, L’Envoûteur a grandi avec le poids des attentes de sa mère sur les épaules. Ainsi, les deux ont vécu des traumatismes : l’une apprenant à vivre avec, car bien entourée, l’autre se noyant peu à peu dans la haine et la vengeance. C’est pourquoi l’histoire de l’Envoûteur se montre particulièrement intrigante, son désir de voler les souvenirs des enfants perdus faisant de lui un Peter Pan devenu vilain, mais tout aussi brisé par une enfance difficile.
L’animation 3D réalisée par les studios 10e Ave Animation et Unstandard Studio peut sembler parfois dure et trop formelle, mais elle parvient à sublimer la mer de brumes au centre du récit. L’ambiance de pirates, créée entre autres grâce à la bande son aux airs de musiques traditionnelles irlandaises, entraîne le spectateur dans un monde fantastique et magique imaginé avec beaucoup de soin. Avec parfois quelques maladresses et clichés, Lydia et le vaisseau des tempêtes propose un récit agréable et captivant, devenant ainsi le film jeunesse et familial parfait pour cet été.

