
Un film de Marco Bechis
Avec: Adriano Giannini, Paula Cohen, Ana Celentano, Vero Geréz, Olivia Nuss, Adrián Fondari, Marcelo Chaparro, Marcela Serli, Maria Laila Fernandez, Eduardo Hoy
Synopsis: Aucune description disponible.
Notre avis : ★★★
Un récit sensoriel, qui revient sur les heures sombres de la Dictature Argentine, les disparitions, mais sous un angle rarement exploité, non pas tant celui des familles des victimes, du documentaire, de l’histoire et de ses zones d’ombre (les disparus l’ont été le plus souvent sans que les corps ne puissent être retrouvés), mais sous celui des rescapés, des revenants, dont le témoignage est capital pour mieux comprendre. Marco Bechis nous renvoie dans un film à procès qui tardera à venir, préférant se poser avec son personnage principal, excellement interprété par Adriano Giannini, tout en intériorité. La mise en scène et la photographie sont toute entière au service de ce qui se vit dans le cerveau de cet homme, traumatisé de toute évidence, dont le témoignage est très attendu, et dont le spectateur se demande avec lui s’il en aura la force, la capacité. Outre le scénario en lui même finement étudié pour que les points de bascule n’arrivent ni trop vite, ni trop tardivement, pour que l’on puisse deviner petit à petit les secrets de cet homme, mais aussi ses souffrances, sa culpabilité, ses peurs, tout ce à quoi il ressent pourtant le besoin de se confronter, pour vivre en paix, avec lui même, avec ses démons et ses souvenirs, l’image, les transitions, les angles de caméra, le rapport à l’espace, le rapprochement entre les lieux passés et les lieux présents, les analepses et le retour au présent dans une grande continuité, fluidité artistique, tout concoure à l’expérience sensorielle: les images que nous voyons renvoient aux images que le protagoniste revoient. Moins jusqu’au-boutiste que l’échelle de Jacob, il en conserve l’ambition formelle, bien aidée également par une ambiance musicale envoutante, pouvant rappeler des airs de clochers, annonçant la grande révélation, le grand procès. Intéressant sur le fond, comme sur la forme, nous pouvons donc parler d’une très bonne fiction, qui si du point de vu politique ou philosophique n’a pas la portée des meilleurs Lumet, prenant un peu trop soin de romancer le récit, notamment en faisant revivre le fantôme de celle dont jeune homme notre héros était amoureux, sous les traits de sa fille, ou en invitant en observateur, celui qui fut tout à la fois son bourreau et son sauveur. Cette romance un peu trop appuyée n’enlève cependant pas une autre qualité du film, celle de oorter à la connaissance du plus grand nombre, et notamment en dehors d’Argentine, une part de l’Histoire, qui, comme chacun sait, n’a de cesse de se répéter, ici ou là, sous des formes proches. Vouloir faire taire les opposants, ceux qui pensent différemment, ceux qui représentent une menace pour son propre pouvoir, qui plus est lorsque le déclin est proche pour un gouvernement concentrant beaucoup de pouvoir, peut mener à la terreur.

