
Un film de Jeanne Herry
Avec: Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Anne Suarez, Sara-Jeanne Drillaud, Rudgy Pajany, Raya Martigny, Mathilde Roehrich
Garance est une jeune actrice sans être une vedette. Elle gère et assure tout de son mieux, vaillante, joyeuse, soldate, et elle trouve dans l’alcool un carburant, un réconfort, inconditionnel. Garance change de vie et commence alors un parcours de huit ans de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Une révolution intime, amicale et sexuelle, Mais elle consomme, toujours plus. Jusqu’à la potentialité de la mort..
Notre avis : ★
Nous nous sommes assez fortement étonné de la présence de Jeanne Herry dans la sélection du Festival de Cannes, nous nous interrogions alors sur la possibilité qu’elle nous propose un cinéma différent de celui que nous avions pu voir jusqu’à présent, plutôt commercial, grand public a minima.
Garance repose sur les épaules d’Adèle Exarchopoulos, laquelle incarne une comédienne, jeune femme ordinaire qui aime la compagnie et s’amuser entre ami.e.s, sujette à des angoisses quand elle se retrouve seule, qui, progressivement et sans s’en rendre compte (nous non plus), va devenir alcoolique. Pendant près de deux heures, en multipliant des plans très courts, en quelques échantillons de vie mis en scène comme un clip, – sans les fulgurances pop d’un Xavier Dolan, ou avant lui d’un Beineix, la fille de Miou-Miou, à l’instar de Marie Kreutzer se refuse au traitement habituel de la maladie, qui fait la part belle au combat, mais aussi à l’alternance entre les hauts et les bas. Son choix narratif consiste à s’arrêter principalement sur les épisodes sobres et de ne pas attarder la caméra sur la descente aux enfers, les emportements, les débordements, ou les répercussions pour l’entourage, entièrement relayés en hors champ, la réalisatrice présupposant que les spectateurs connaissent cela, peuvent l’imaginer, et qu’il est préférable de leur priver d’une imagerie éculée. Jeanne Herry l’assume, elle opte pour le contrepoint; sa mise en récit et en scène cherchent à nous rendre le personnage d’Adèle Exarchopoulos sympathique, vivante et au final relativement peu esquintée physiquement, pour que nous puissions la considérer comme une victime non d’elle même, mais d’un système, d’une sorte de fatalité, mais aussi du regard des autres, des préjugés, des remarques désobligeantes, des prises de distance d’une partie de son entourage, notamment de sa troupe de comédiens, qui l’abandonnent petit à petit, sans tact, avec une douteuse et hypocrite bienveillance.
Le choix esthétique certes osé de refuser le naturalisme, la radicalisation, le drame, manque totalement sa cible. Plutôt que de nous rapprocher du personnage, il nous en détache, par manque de crédibilité (pour qui côtoie des personnes alcooliques, nous sommes aux antipodes d’un cinéma-vérité, du côté du conte de fée) et en ce qu’il délivre un message naïvement optimiste, qui mènera, de toute évidence, à une fin heureuse. Ici, nous lui reprochons peu ou prou ce que nous regrettons également des cinéastes consacrés que sont Kore-eda ou Hamagushi, qui eux aussi, pensent que la solution à la dérive évidente du vivre ensemble passe par l’optimisme, la diffusion de bonnes ondes, par l’espoir. Pure utopie, quand la réalité annonce plutôt la dystopie (Garance n’est définitivement pas Sue perdue dans Manhattan)
Cette volonté de se voiler la face, de ne pas porter de réflexion profonde, la recherche permanente de la ligne du milieu, de se refuser à toute forme de provocation ou de démonstration, la mise en scène relativement pauvre, calibrée pour les séries, en d’autres mots, cet évitement (que l’on peut certes voir comme une forme de délicatesse en réponse à une brutalité usuelle, une douceur que l’on retrouve également dans la bienveillance du personnage dévolu à Sara Giraudeau) nous font dire que Jeanne Herry passe tout simplement à côté de son sujet principal. Outre cette impression d’édulcoration lénifiante, hormis peut être le seul élément psychologique bien observé du film (le fait qu’une personne se décide à arrêter de boire par peur de la mort, annoncée imminente par un médecin), subsiste également une interrogation quant aux quelques ellipses et pas de côté que le scénario s’autorise, sur des épisodes dramatiques – le sort de la sœur (un cancer agressif, placée en soin paliatif), ou plus heureux – le fait que Garance s’occupe de sa jeune nièce , avec succès et plaisir, ne serions-nous pas là sur des coupes brutales au montage ?

