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Soudain de Ryusuke Hamaguchi

Un film de Ryusuke Hamaguchi

Avec: Virginie Efira, 岡本多緒, Gabriel Dahmani, 長塚京三, 黒崎煌代, Marie Bunel, Jean-Louis Garçon, Jean-Charles Clichet, Evelyne Istria, Lazare Gousseau

Le lien entre deux femmes, une directrice de théâtre japonaise et une infirmière française.

Notre avis : ★

Ryusuke Hamaguchi livre avec Soudain un objet filmique périlleux qui, malgré l’ambition de son geste, s’enlise dans les écueils que sa thématique laissait présager. Si l’on reconnait de nouveau, une vibration bressonienne — celle du Bresson devenu humaniste après avoir été longtemps moral— ou certaines inflexions rohmeriennes, les conversations intellectuelles philosophiques ne portant pas ici sur des questions amoureuses, mais davantage sur une relation platonique, un « flash » transculturel, les défauts de Soudain se manifestent au delà des qualités récurrentes du cinéma et de l’écriture de celui à qui l’on doit des films multi-récompensées dans les grands festivals, qu’il s’agisse de formes longues comme Drive my Car, ou Asako I et II, ou de formes courtes très épurées, à l’instar de Contes du hasard et autres fantaisies et Le Mal n’existe pas.

Le récit, qui s’évertue initialement à présenter son personnage principal dans son contexte professionnel, de manière relativement naturaliste, bascule rapidement vers un appel à la bienveillance aux allures publicitaires. La bienveillance à toute épreuve (la dévotion exigée des aides soignants) devient rapidement mièvre, les sujets douloureux dépressifs, les leçons de management moralisatrices et pédantes. Sous couvert de réflexions sur la solution collective ou l’art-thérapie, Hamagushi s’égare en mettant en scènes d’interminables discours, ou des monologues managériaux sans véritable place laissée à la contradiction, aux conversations, ou échanges intellectuels entre concernés; la parole se fige – et se bloque – sur un unique sujet. Chose rare, Hamagushi, ne verse ici que très peu dans la nuance ou la finesse, d’un côté ceux qui pensent bien, se soucient des autres avant eux même, et cherchent à imposer leurs vues, de l’autre, ceux qui agissent de manière aveugle, égoïste, ou mécanique, se satisfont du peu de résultats vis à vis d’une cause qui semble perdue d’avance. Ce didactisme, couplé à une absence notable de pulsions narratives, entrave nettement la respiration de Soudain.

Les quelques belles images au japon qui s’invitent dans le troisième tiers du récit – contrastant avec une région parisienne dépeinte principalement au travers de décors d’EHPAD laids et aseptisés, à l’exception, notable, d’une ballade romantique sur les quais de Seine, bulle d’évasion qui annoncera le voyage au Japon, mais aussi dévoile une autre cause perdue d’avance, le cancer en phase terminale de la jeune femme japonaise, à peine rencontrée -, la réflexion sur la solution collective qui en soi, malgré sa relative naïveté obéit à ce que l’époque nommerait du bon sens, ne compensent pas les lenteurs répétitives, le marketing appuyé, le verbiage fumeux sur l’art-thérapie, les médecines douces, les discours interminables sur une vision économique certes qui certes pointe les limites du capitalisme mais sans réelles vues, le manque de rebonds d’une trame qui certes se refuse à la brutalité, mais semble enlisée par le poids de son ambition thématique. Soudain semble paradoxalement étouffé par la trop grande lisibilité de ses propres convictions. Pour qui n’adhère pas totalement à la solution mise en avant, l’expérience vire vite à l’épreuve, le ridicule s’invitant même dans les solutions proposées, que ce soit les jeux collectifs avec les personnes souffrant d’Alzeihmer, infantilisants et stigmatisant le déficit mental, et plus encore les massages de pieds collectifs, érigés en réponse à l’égoïsme ambiant. Le message d’espoir ainsi propulsé ne fonctionne pas, relayant au second plan ce qui par ailleurs ne participe pas à cette vision futuriste utopique, et disons-le déconnectée, ce qui se joue entre les deux jeunes femmes, une relation étrange et mystérieuse, une fascination mutuelle qui jamais ne bascule vers le désir corporel; une rencontre aimantée entre deux personnes qui se découvrent instinctivement, s’ouvrent l’une à l’autre, unies par des valeurs, une vision de l’importance du soin à accorder à autrui, combat qu’elles mènent individuellement, et collectivement, qui trouvent ses racines dans la douleur passée, pour le personnage interprété par Virginie Efira, et celle au présent, pour sa comparse interprétée par Tao Okamoto (toutes deux très complices et investies dans le projet, quoi qu’un peu perdue). A l’instar de ce que nous observions déjà dans La vie d’une femme, Hamagushi parvient à nous intéresser par la part lumineuse – presque magique – du film, quand il délaisse la cause sociétale, la noirceur, qui cannibalise Soudain. A ce niveau, Quelques jours à Nagi de Fukada présente un bien plus intéressant équilibre entre ombres et lumières.

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