
Un film de Christopher Nolan
Vingt ans après son départ pour la guerre de Troie, le roi Ulysse rentre enfin à Ithaque, mais son voyage est parsemé d’aventures et d’épreuves.
Avec: Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway, Robert Pattinson, Himesh Patel, Charlize Theron, John Leguizamo, Travis Scott, Corey Hawkins, Jarreth J. Merz
Notre avis : –
Bastien et Antoine ont chacun à leur manière tenu à prendre la plume pour évoquer ce film que tout le monde a vu ou verra, sauf notre rédacteur en chef, résistant, très peu admiratif de ce cinéma « indus », arguant que depuis Memento, Nolan n’a de cesse de verser dans la grandiloquence, le sensationnalisme et parfois même dans le jeu vidéo puéril sans queue ni tête, s’inscrivant toujours au service d’une industrie qui l’encourage à toujours plus, le finance dans une logique fort lucrative pour les deux parties. De ces deux plumes corrosives, qui l’une comme l’autre, trahissent un double sentiment (une frustration, mais aussi, quelque part, un péché mignon, que leurs études littéraires assouvissaient déjà, du côté de l’Olympe, de l’épique du mythe Homerien), nait une conversation virtuelle, une conversation odysséenne.
Bastien:
Heureux qui comme Nolan a réalisé un très long film…
Il émergea de ses rêves, Nolan, pour en superposer plusieurs, les siens, puis il quitta ses champs de maïs pour des voyages interstellaires avant d’amerrir sur les plages fraîches de Dunkerque, endroit où on lui évoqua le récit d’un Russe autoritaire qui détenait une rare technologie capable d’intercaler présent constant et présent rétrogradé. Alors, pour le contrecarrer, il demanda à un ami physicien à chapeau des conseils qui, posément, lui expliqua qu’un retour très loin dans le temps apporterait, possiblement, des réponses à cette question d’horloge rouge et bleue. Nolan entreprit donc un long voyage au pays d’Homère, son Odyssée, la sienne, avec Matt Damon, son Ulysse américain, et tous deux durent affronter un cyclope défiguré, et des géants chromés, et une Circé mauvaise cuisinière, et des sirènes envoûtantes, et des méchants prétendants, pour comprendre enfin, comme dans toutes les aventures de Nolan, une chose simple et facile : l’amour est intemporel (et platonique)…
Mais ce que Nolan ne comprit point fut que l’amour voisine la haine et qu’un spectateur en regardant Odyssée secoue sa jambe par nervosité dès l’ouverture du film tant il était habitué à mieux en matière d’intensité d’entrée. Le spectateur par ailleurs ne savait pas que Nolan appréciait les publicités pour gel douche des années 90 lorsqu’il décide de représenter son Ulysse avec Calypso seuls sur le sable le plus blanc du monde. Il ne savait également pas que les scènes de combat filmées seraient plus brouillonnes que la vue du cyclope éborgné. Et chose hallulyssante, le spectateur ne savait surtout pas que la fermeture du film serait bâclée tant Nolan zippe ses bagages rapidement, sans doute par manque de pellicules…
Ainsi, malheureux qui comme le spectateur a attendu que se termine ce périple odysséen, qui aura découvert ce mémento semi-cinématographique sans prestige, peut dorénavant coller son ticket de cinéma sur son frigo à côté de Gladiator II.
Antoine:
Bastien, de mon point de vue, le principal défaut du film c’est de n’être absolument pas à la hauteur du texte et du souffle homérique. Les dieux, la poésie, le sens de la ruse, la fougue et la sensualité sont quasiment absents de cette adaptation. Est-ce pour autant un flop ? Un crime de lèse-majesté ? Voir un prétendant au massacre ? Ce que je peux dire, c’est que si on s’attend à entendre vibrer la lyre d’Apollon ou qu’il retranscrive l’ampleur et la profondeur véritable de cette épopée des épopées matricielles et fondatrices de civilisation…eh bien, il y a de quoi être sacrément déçu. Le suis-je ? Oui, j’aurai aimé plus de pensée, plus de musique, de mystique et de fantaisie ! Mais bon soyons sérieux et réalistement méchant ! Qui peut envisager ne serait-ce qu’une seconde Nolllaaan comme un poète ou un voyant ? C’est au mieux et c’est déjà pas mal un artificier pétaradant et ingénieux, un illusionniste assez retors (et donc essentiellement CQFD un artiste et cinéaste de seconde zone en dépit même de ses succès et de sa virtuosité pyrotechnique). Cependant, j’arrêterai là, ma dent dure et mes jets de venins, parce que malgré tous ces trucs qui ne passent pas du tout, je me suis tout de même laissé entraîner très ludiquement dès que j’ai accepté le film pour ce qu’il est au fond : un blockbuster assez naïf d’aventures et d’actions impressionnantes… Un côté Indiana Jones et Maciste contre-attaque. C’est une limite évidemment ! Mais il y aussi une fraîcheur et une volonté généreuse de se coltiner avec un grand récit qui fait plutôt du bien et j’avoue (péché mignon) qu’il m’est plutôt très agréable de me balader enfantinement dans ce tournez-manège antique de scènes archiconnues.
En bref, pour revenir à un mot du début, c’est bien une « adaptation » moderne avec ses contraintes et ses visées propres, et si elle souffre de nombreuses simplifications et balourdises illustratives, elle n’en est pas moins maline, ambitieuse et assez amusante. En cette fin de critique, je me sens aussi partagé et ambivalent que Christopher et son statut tout à fait paradoxal et intenable (???) » d’auteur hollywoodien ». J’ai pas du tout aimé son bouchage à l’hemeri à la poésie et au sacré, son troc de la subtile ruse contre des flonflons d’astuces narratives, ses aspects amerloques aux pas de charges, son manichéisme moral malmené et le gros-gros casting….mais j’ai aimé sa volonté de faire rentrer le gigantisme et certains éléments d’émerveillement propre à ce récit inépuisable et fourre-tout (mentions cyclope, Circé, tempête même aussi guerre de Troie et massacre assez joyeux des prétendants) pas mal donc de moments amusants que faute de mieux j’appellerai bandedessinesques, il me semble que ce dernier aspect plutôt naïf mais qui a sa grandeur et son entraînement propre n’a pas peu contribué à son grand succès public.

