
Un film de Pierre Salvadori
Avec: Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern, Patrice Tépasso
Paris, au début du XXe siècle. Persuadé que sa femme Irène est morte par sa faute, Antoine Balestro, peintre en vogue, n’arrive plus à se remettre au travail et désespère Armand, son galeriste. Un soir, en quête de pardon, Antoine, ivre, tente d’entrer en contact avec Irène par l’intermédiaire d’un médium. Sans le savoir, il parle en réalité avec Suzanne, une modeste saltimbanque, qui ne connaît rien à l’au-delà et s’est faufilée dans la roulotte de la voyante pour voler de la nourriture…
Notre avis : ★
Le choix d’un film d’ouverture pour le festival de Cannes est toujours une décision délicate. Rarement, le film d’ouverture a été véritablement convaincant. Les rares fois où le film d’ouverture se démarquait, correspondent à un choix de projeter en ouverture un film en compétition. Très souvent, le festival opte pour un blockbuster, et depuis peu, il a tendance à privilégier un film français, comme c’était le cas l’année dernière, avec un film qui avait connu un petit succès d’estime, en salle, et qui apportait un vent de fraîcheur (Partir un jour, une comédie musicale qui s’assumait pleinement). Nous étions donc quelque peu troubler de voir Pierre Salvadori retenu avec son nouveau film, La Vénus électrique, en ouverture de ce festival, puisque plutôt habitué à une présence dans des sélections parallèles. Nous nous rappelons encore des éclats de rire qui avaient accompagné la projection d‘En Liberté à la Quinzaine des Réalisateurs, où Pio Marmai et Adele Haenel apportaient une énergie très communicative, une forme de complicité dans le comique, pour ne pas dire une complémentarité toute naturelle. Reconnaissons que Pierre Salvadori, propose en général, des comédies efficaces et souvent originales— il évoque volontiers la terminologie de comédie sophistiquée dans le sens où elles explorent des ressorts comiques participant à une vibration particulière, basés sur le mouvement, l’union des contraires, la relation qui se forme entre les personnages, tout en laissant une large place au comique de situation et aux quiproquos, dans des scènes très dialoguées, où les punchlines peuvent fuser. Outre le très vif En Liberté, le meilleur de Salvadori comprend par exemple Les Apprentis, qui s’appuyait sur le duo Guillaume Depardieu, François Cluzet particulièrement touchant et juste, dans l’émotion comme le comique.
La Vénus électrique, son nouveau projet, à la base, lui vient de Rebecca Zlotowski et de Robin Campillo, à qui l’on doit l’idée originale. L’action se situe peu après 1900, dans un milieu forain d’une part, artistico-bourgeois de l’autre, impliquant trois (voire quatre) personnages, Anais Demoustier et Vimala Pons se partageant la partition féminine, dans des rôles qui se renvoient l’ascenseur, la première incarnant une fausse medium ravivant le souvenir d’un amour perdu par le personnage de peintre dévolu à Pio Marmai, le tout sous l’œil complice d’un marchand d’art ami de ce dernier (Gilles Lellouche) et souhaitant qu’il puisse sortir de son deuil pour se remettre à la peinture . Cette idée-là, sujette effectivement à situations rocambolesques, romances et rebondissements, aurait pu alimenter un récit mystérieux, ou même une comédie de boulevard, si Pierre Salvadori réussissait à atteindre ce qu’il manque — une mise en scène trop plate, des dialogues qui manquent de précision quant à l’époque, ou à la distinction sociale, des interprètes qui, de notre point de vue, ne servent pas bien leurs personnages. Nous ne les découvrons pas, chacun semble, à l’instar de ce que certains illustrent ont pu faire par le passé (Depardieu père, Clavier, Delon, etc… dans une moindre mesure De Funès) répéter un geste, faire basculer leur personnage dans la caricature et non se rapprocher d’eux et leur donner une consistance ou une singularité éloignée de ce qu’ils transmettent naturellement.
La reconstitution d’époque nous déçoit, Salvadori ne parvient aucunement à instaurer une atmosphère, la comédie en elle-même ne verse ni dans le grinçant, ni dans l’explosivité, manquant singulièrement de vivacité car englué dans une narration trop présente, qui empêtrent les personnages dans une situation répétée par trop prévisible, voire stagnante, qui emprisonne un peu le spectateur, qui se voit proposer une comédie romantique qui n’échappent pas aux codes usuels, dans une optique de création d’émotions très artificielle et rendue caduque par le peu d’attachement qui nous relient aux personnages, la faute à l’interprétation lâche et peu investie disions-nous (Vimala Pons mis à part) mais aussi à un scénario qui oublie de s’appuyer sur une lecture psychologique fine, ou au contraire, de forcer le trait et de s’aventurer vers l’improbable.

