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Josephine de Beth de Araújo

Un film de Beth de Araújo

Avec: Mason Reeves, Channing Tatum, Gemma Chan, Philip Ettinger, Syra McCarthy, Eleanore Pienta, Dana Millican, Michael Angelo Covino, Stefanie Estes, Michael X. Sommers

Après avoir été témoin d’une attaque brutale au Golden Gate Park, Joséphine, huit ans, est plongée dans un tourbillon de peur et de paranoïa. Elle agit avec une violence croissante, cherchant un moyen de reprendre le contrôle de sa propre sécurité.

Notre avis : ★★

Joséphine ouvre de manière très symbolique, annonçant un film d’auteur. Une jeune fille est appelée par son père à ne pas avoir peur, à surmonter ses peurs; à sortir en dehors d’un garage aux quatre murs oppressants, aux horizons bouchés, le père invitant la jeune fille à s’enfuir, à sauter, avant que la porte ne se referme et ne la plonge dans l’obscurité la plus totale. Il l’éduque comme un garçon, fait appel à son courage. S’en suit une traversée d’une ville américaine de bord de mer, aux routes surplombées de câbles en tout genre et panneaux d’affichages, dont le photographe saisit toute la symétrie, offrant de saisissantes lignes, que le ballon de la jeune fille envoyée en l’air vient très élégamment briser. La mise en scène de Joséphine nous renvoie d’emblée à l’Amérique contemporaine, à ces quelques franges oubliées car éloignées de l’American Dream, mais qui fait la sève du cinéma indépendant. Beth de Araujo, choisit alors de mettre en place la mécanique de son film: un sujet exposé, un évènement point de départ, une lutte judiciaire et des conséquences familiales, avant un procès. Le film est reparti de Sundance où il fut déjà projeté avec le Grand Prix, et beaucoup le plaçaient parmi les favoris de cette édition de la Berlinale. Son sujet angoissant se trouve venir du passé même de la réalisatrice, qui à l’âge de 7 ans avec son père, assista à une tentative de viol, que son père réussit à avorter. Des années durant elle chercha à comprendre ce à quoi elle avait assistée, fut hantée par ses images, et angoissée. Cette Amérique là, celle où la criminalité quotidienne terrorise les habitants, elle cherche à la questionner des années plus tard. Ce projet elle le porte à coeur de longue date, mais il a mis du temps à voir le jour, plus de temps que prévu. Outre le questionnement que le film porte, la réalisatrice cherche à affirmer plusieurs positions. La première, politique, interroge les faibles peines d’emprisonnement dont héritent les violeurs, qui peuvent ainsi récidiver quand ils sortent de prison, si tant est qu’ils sont condamnés. La seconde, plus intéressante en soi, soutient que les femmes aujourd’hui sont lasses, laissées pour compte, et que nombre d’entre elles n’osent pas poursuivre en justice leurs assaillants, pour différentes raisons, parmi lesquelles une forme de fatalisme (cela ne sert pas à grand chose), mais aussi de peur de ne pas pouvoir passer à autre chose ou d’être réparé. La troisième interroge le regard d’un enfant face à ce désastreux spectacle d’actes répétées. Ces questionnements viennent à prendre le dessus sur la mise en scène, qui quitte alors ses objectifs artistiques, pour entièrement se consacrer à faire ressortir ces questionnements. De fait, en voulant intensifier son propos, Beth de Araujo, opte pour des principes cinématographiques qu’elle ne quittera plus, qu’elle assène au spectateur invité à partager les angoisses de la jeune fille, mais aussi des parents, leur soif de justice également. L’image mentale tiendra une large place dans l’appréhension du monde de la jeune fille, le père et la mère seront réduits à des personnages écrits de façon très stéréotypées, chacun porteur d’une position sur la question, l’une représentant les femmes du monde entier, l’autre un contre exemple d’homme d’aujourd’hui, un homme responsable, protecteur, avec des valeurs, et courageux. La véritable victime du récit sciemment disparaîtra du récit, pour mieux réapparaître et asséner là-haut aussi, un message prévisible, un Merci. En soi, le scénario sombre dans des postures très prévisibles, car trop annoncées de scène en scène, selon ce bon principe qu’il faut autoriser un spectateur d’aujourd’hui à s’absenter quelque minute et à reprendre un film après sa période d’absence, avec pour effet immédiat une stagnation du récit. La paranoïa ou plus exactement le sentiment de peur généralisé prend le dessus, d’autant que les seules solutions que le film entrouvre pour baisser la criminalité consiste en une justice plus ferme et plus sévère, sans jamais par exemple, questionner la santé mentale de l’auteur du crime, et chercher, comme l’aurait probablement fait un Sidney Lumet, à chercher des causes profondes de cet état de fait. Les causes ne sont pas le sujet de Joséphine, le sujet de Joséphine, c’est la cruauté sociale de l’Amérique où de nombreux viols ont lieu chaque jour, un sujet que l’on retrouve chez Franco par exemple quand il jette un regard sur le Mexique, son sujet c’est Joséphine, la petite fille, son sujet c’est Beth de Araujo qui des années plus tard prend la parole par l’entremise de Joséphine. Résultat: Un film qui touchera ceux qui épousent la cause défendue et se noie dans le regard mutique de la jeune fille, et désintéressera hélàs ceux qui en distingue toutes les ficelles scénaristiques et formelles, malgré ses qualités.

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