
Un film de Grant Gee
Avec: Anders Danielsen Lie, Bill Pullman, Laurie Metcalf, Isabelle Harriet, Barry Ward, Valene Kane, Katie McGrath
Juin 1961, New York : le légendaire pianiste de jazz Bill Evans a trouvé sa voix musicale et créé le trio parfait, avec notamment le bassiste Scott LaFaro, considéré comme son âme sœur musicale. Une résidence au Village Vanguard de New York culmine avec l’enregistrement en direct de deux des plus grands albums de jazz de tous les temps en une seule nuit. Dix jours plus tard, LaFaro meurt dans un accident de voiture. Abasourdi par le chagrin, Evans cesse de jouer.
Notre avis : ★★★
Un noir et blanc très soigné, un hommage très sincère à la musique de Bill Evans, une approche fouillée et érudite, une mise en scène léchée avec quelques fantaisies artistiques, nous sommes sur un produit Mubi de qualité. Everybody Digs Bill Evans se range dans la même catégorie que des films comme Blonde d’Andrew Dominik, ou Maestro de Bradley Cooper. Il s’inscrit dans un style (plus qu’une atmosphère) où la photographie et le jeu avec les images tient une place très importante qui se juxtapose à un portrait qui s’appuie sur la production artistique et la biographie d’une personne d’exception qui prend son temps, insiste, sur une ou quelques tranches de vie. Ici, à l’instar, de ce fut proposé sur Nebraska pour Bruce Springsteen, Grant Gee cherche à se recentrer sur une période de remise en question, de reconstruction, une parenthèse dans la vie d’un artiste à la renommée grandissante, aux réussites saluées par la critique musicale, mais à la personnalité relativement faible, troublée par un milieu qui se joue de ses démons, et l’entraîne toujours plus dans des alcôves où une seule chose compte pour lui: se défoncer, pour oublier, pour fuir ses angoisses, sa timidité, sa mélancolie, son monde intérieur détruit et ce qui s’apparente à un deuil de lui même ou à une dépression, dans laquelle la mort de son partenaire créatif de toujours l’a plongé. Un exercice style pour Grant Gee, qui s’appuie pour cela sur une équipe technique au rendez-vous, le noir et blanc propose de saisissants contrastes, miroir de l’état d’esprit de l’artiste, les ambiances de fumée grises se succèdent et vont de pair avec de saisissantes séquences hallucinatoires ou de cauchemars, la mise en scène très précise, à la découpe millimétrée suit son personnage, reconstitue avec justesse ses intérieurs jazzy dans lesquels Bill Evans s’est produit, mais aussi les chambres et salons dans lesquels l’artiste s’isole. Everybody Digs Bill Evans se veut avant toute chose un film d’atmosphère, et il s’appuie pour cela sur une interprétation au cordeau d’Anders Danielsen Lie transformé et parfaitement crédible, et sur quelques trop rares séquences, sur la musique de Bill Evans. En soi, le film ne manque que deux objectifs, celui d’être un grand film sur le jazz et l’envers de son décor, comme pouvait l’être Blue Notes par exemple, et celui de nous surprendre, de nous amener ailleurs que dans le présupposé état mental de son héros, par trop réduit à ses seuls démons et attitudes en retrait; quand il nous semblait que le sujet même du film eut du davantage se concentrer sur la recherche musicale, étrangement absentée, quoi qu’allant de pair avec l’état mental au profit de relations familiales là aussi présupposées et dépeintes sous ce seul angle, avec insistance plus qu’application, et une certaine suffisance narrative.

