
Un film d’Alain Gomis
Avec: Katy Correa, D’Johé Kouadio, Samir Guesmi, Mike Etienne, Nicolas Gomis, Fara Baco Gomis, Poundo Gomis
Aujourd’hui Gloria marie sa fille en banlieue parisienne. Il y a peu, en Guinée Bissau, elle assistait à la cérémonie qui consacre son père décédé en ancêtre. D’une cérémonie à l’autre, entre passé et présent, vie et mort, réalité et fiction, Gloria se réconcilie avec son histoire, trouve sa place et connaît un moment de paix.
Notre avis : ★★
Avec Dao, Alain Gomis revient se frotter à la compétition berlinoise 9 ans après avoir remporté le Lion d’Argent avec Félicité. Dao ne manque pas d’ambition, celle de tenter d’aborder une question philosophique simple et complexe à la fois, le dao, que l’on définit communément comme une essence fondamentale qui coule en toutes choses dans l’univers, vivantes ou inertes, qui fonde la réalité. Gomis prend soin dés l’ouverture du film de dévoiler son intention, tout comme il décide ouvertement, dans une séquence assez longue de vidéo-montage de dévoiler au spectateur son procédé, en conservant à l’écran quelques plans juxtaposés issus du off du film, que ce soit les tests de casting, ou les instants préparatoires. Son procédé consiste plus précisément, nous explique-t-il en conférence de presse, à provoquer des rencontres entre acteurs professionnels, et non professionnels, à leur confier un cadre, puis de faire confiance non pas à leur improvisation, mais à leurs incarnations de leurs rôles, à ce qu’ils apportent au film, dés lors qu’ils se saisissent du cadre pensé pour eux. Samir Guesmi évoque lui aussi ce procédé finalement assez troublant, quelques lignes étaient préparés, mais lors du tournage, il ne savait pas exactement quel serait le bon moment pour glisser ce texte, s’y conformer ou en sortir, il vivait l’instant comme s’il s’agissait d’un instant présent. Seulement 10 jours de tournage en Guinée, 10 jours de tournage en France, pour deux cérémonies points de départ de ce projet expérimental, un mariage en France, qui réunit une famille élargie, avec des amis, des connaissances, et une cérémonie bien différente, dans une famille reconstituée (mélange entre véritable famille et pièce rapportée là-aussi), de commémoration de la mort d’une figure patriarche, en Guinée. Point de départ du film, Gomis avouant que l’idée lui est venu lors de l’enterrement de son père. La caméra cherche donc capter des vérités, universelles qui dépassent très largement ce que Gomis lui même pouvait voir, ou pressentir, chaque interprète apportant au choix son élément personnel, son exagération ou sa retenue, voire son point de vue. De cette manière qui interroge des composantes très universelle, que ce soit la famille, la culture, la vie, la mort, le rapport aux morts, le rapport à l’autre d’une manière générale, mais aussi l’intégration dans une culture, le fait d’être étranger à sa propre culture, la recherche de l’âme sœur, de l’amour. En soi, le procédé et la caméra parviennent effectivement à faire advenir, par instants, des vérités insondables, et laissent une grande part à l’observateur (au spectateur) pour se frayer un chemin entre deux reconstitutions troublantes, car fictives mais à la forme proche de celle d’un documentaire, notamment pour ce volet africain qui accorde une large place à la tradition, aux rites, à la communication avec les morts. En cela, le film touche à son but, bien aidé par un procédé de montage narratif qui use de va-et-vient horizontaux (d’une cérémonie à l’autre) et verticaux (allers-retours temporelle). Il parvient tout autant dans son entreprise plus politique, qui comme le dit si bien Gomis devrait encourager tout Africain à être fier d’être Africain, de ne pas avoir à culpabiliser de sa Culture, de ses croyances, de ses traditions, quand la façon de vivre à l’Occidentale comporte tout autant d’irrationnel ou d’inacceptable (prenant l’exemple du rite de la vache sacrifiée lors de la cérémonie qui n’est en soi pas plus violente, maltraitante vis à vis des animaux que ne l’est l’industrie de l’élevage en France) . Le tout serait brillant si Gomis, par ailleurs, n’était pas tombé dans les écueils que son procédé renferme. A trop vouloir laisser la caméra capter de l’instant vrai, elle en vient à capter des bruits parasites, des répétitions, des hésitations, des atermoiements. Le cadre des cérémonies, les passages obligés, apportent certes une structure, mais là aussi, un double effet s’invite, celui du retour à la fiction abrupte, accélérée, presqu’irréelle, en contrepoints de plans tournicotants, par trop étirés.

