
Un film de Florian Zeller
Avec: Penélope Cruz, Javier Bardem, Patrick Schwarzenegger, Paul Dano, Stephen Graham, Eileen Atkins, Mark Gatiss, Nimmi Harasgama, Jamie Bisping, Christos Lawton
Un architecte de renom se voit proposer de concevoir, dans le plus grand secret, un bunker de survie pour un milliardaire convaincu que la fin du monde est proche. Tandis qu’il se laisse séduire par ce projet moralement ambigu, son épouse commence à remettre en question leur mariage. Après 17 ans de vie commune, ont-ils encore les mêmes valeurs ? Les mêmes aspirations ? Les mêmes rêves ?
Notre avis : ★(★)
D’un principe fondateur plutôt malin, Florian Zeller extrait un récit qui s’enferme littéralement dans sa vision simpliste de ses personnages, tous plus stéréotypés les uns que les autres. Le petit théâtre haut-bourgeois qui se joue domestiquement se base bien sur quelques éléments de vérité, quelques observations psychologiques ou sociologiques – du couple à la société – mais la confrontation de cette haute société à qui tout sourit ou presque – la carrière de Madame étant en pause du fait d’avoir choisi de suivre son mari à Londres, et de la préférence aux locaux pour les postes de direction- , avec un Stephan Graham aux allures – et accent – de hooligan, qui se veut pourtant la matière principale trahit la très grande distance de Zeller vis à vis de ceux qu’il met en scène. Le symbole, en lui même ne manque pas d’intérêt, d’autant qu’il se démultiplie. D’un côté le bunker, au sens propre, qu’un milliardaire jamais cité souhaite construire, interprété par un Paul Dano décidément coutumier des rôles plats et caricaturaux, un bunker que le pauvre déshérité se construit en souvenir du garage familial, mitoyen de la maison d’architecte, un peu trop aux goûts de ce dernier, de l’autre au sens figuré le bunker entre les différentes classes, à trois étages, avec une réflexion sur qui a le plus peur de l’autre, qui se protège le plus des autres, qui pense et agit de manière collective, qui pense et agit de manière individuelle (réflexion n’étant probablement pas le juste mot), mais aussi le bunker dans le couple, la communication devenue difficile entre elle qui met temporairement ses ambitions et rêves de côté, et lui qui réussit professionnellement, mais se trouve éloigné de ce qui fut ses idéaux, et se laisse aisément séduire par la gloire, la renommée, l’argent. Autre idée non inintéressante, mais amenée maladroitement, autre symbole, un tableau représentant un couple dans un lit, qui réveille des souvenirs lointains, celle d’une relation amoureuse qui a laissé la place à des rapports bourgeois. Oui mais voilà, ce qui aurait pu séduire, un concept symbolique, se retourne contre lui du fait d’une inscirption dans un quotidien qui semble possible uniquement dans l’imaginaire de Zeller, relevant soit du conte de fées, soit de l’image d’Epinal. Une écriture en cela faiblarde, qui, dés lors, cherche principalement à dérouter, avec quelques fausses pistes très lourdement amenées. Au final, le récit initial, pourtant malin disions-nous, notamment dans sa capacité à amener ses éléments et ses sujets d’intérêt de façon très progressive, à maintenir un intérêt dans le non encore-dit, ou le suggéré, devient peu à peu fade, puisque déconnecté, caricaturé, par trop emprisonné dans ses stéréotypes et postures, sans véritable portée psychologique (un vague cas de conscience ne suffit pas à détourner la vision droito-centrée prédominante, le message « n’ayons pas peur, très riches et très pauvres peuvent cohabiter » manquant ici de nuances et de profondeurs) ni émotion. La mise en scène, par ailleurs, vise plus l’élégance, le rapport à l’espace des personnages, elle mise le plus souvent, sur le ton sur ton, la petite musique pointant de manière assez systématique vers où le scénario emmène, l’effroi, le sentimental, autorisant en cela quelques critiques (paresseux) à classifier le film de thriller, ce qu’il n’est objectivement pas.

