
Un film d’Orian Barki, Meriem Bennani
Avec: Meriem Bennani, Orian Barki, Fayçal Azizi, Ariana Faye Allensworth, Hassan Hamdani, Yto Barrada, Dounia Berrada, Bouchra Benzekri, Salima Dhaibi, Lil Patty
Bouchra, cinéaste marocaine vivant à New York, est tétanisée par la peur de la page blanche. Un appel de sa mère depuis Casablanca fait resurgir des souvenirs enfouis et l’entraîne dans un voyage à travers les liens familiaux, la filiation et le frémissement de l’amour.
Notre avis : ★★
Un film d’animation qui propose une forme narrative singulière, à multiple strates, pour mettre en image un récit personnel et douloureux. Le film tout entier tourne autour de son sujet principal, qui se laisse deviner, sentir, éprouvé, celui d’un exil forcé, d’une séparation, d’un traumatisme post coming out. Les deux jeunes réalisatrices brouillent quelque peu les pistes, par pudeur, par peur de froisser, de nouveau. Un jeu de masques se met en place, les rôles peuvent s’inverser parfois, le réel côtoie la fiction, moins douloureuse que le réel, la technique d’animation elle même se joue de la frontière entre réel (prises de vues réelles) et réalité augmentée (tous les visages sont remplacés par des apparences animales, pour mettre plus encore l’accent sur l’émotion). La mélancolie s’invite dans le moindre plan, bien aidée par une musique de Flavien Berger très jazzy, et une approche très cinématographique de l’image (gros plans notamment saisissants), elle se mire dans le moindre regard, le dialogue entre une fille et sa mère tarde à advenir, l’évoquer frontalement semble encore aujourd’hui impossible, au point d’avoir recours à un triple procédé de mise en abyme; le personnage principal est un avatar de Meriem Bennani, laquelle narre une histoire à l’écran, avant que nous découvrions sur le tard, qu’un autre film s’invitait dans le film, faisant appel à des acteurs pour interpréter, notamment, la maman de Meriem Bennani. Parmi les mots énoncés à l’écran, un avertissement à la mère, cette histoire ne vise pas à la mettre à l’écran telle qu’elle est réellement, mais bien comme un personnage de fiction. Avertissement pour le spectateur, mais bien évidemment aussi pour la maman de Meriem. Le procédé dans son ensemble peut se rapprocher de ce qu’avait pu entreprendre Kaouther Ben Hania avec les Filles d’Olfa, en ce que la mise en scène et la technique narrative visent à utiliser la fiction pour toucher au plus près du réel, tel qu’il fut, mais aussi et surtout, tel qu’il demeure des années après l’évènement fondateur, toujours vivace.

