
Un film de Pedro Almodóvar
Avec: Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón, Victoria Luengo, Patrick Criado, Milena Smit, Quim Gutiérrez, Rossy de Palma, Carmen Machi, Antonio Araque
Elsa, réalisatrice de pub, fuit le deuil de sa mère en se jetant à corps perdu dans son travail jusqu’à ce qu’une crise d’angoisse l’oblige à s’arrêter. Afin de se reconstruire, elle s’envole pour Lanzarote faire une pause avec son amie Patricia, qui elle aussi a besoin de s’éloigner de chez elle. Bonifacio, son compagnon, devenu un véritable pilier dans ces moments difficiles, reste quant à lui à Madrid. Les récits de ces trois personnages s’entremêlent à celui du scénariste et réalisateur Raúl Durán, brouillant les frontières entre réalité et fiction de manière indissociable et parfois douloureuse.
Notre avis : ★★
Pedro Almodovar poursuit une mutation vers des notes plus sombres, plus amères: si Autofiction semble en apparence s’inscrire dans la lignée formelle de l’œuvre toute entière de Pedro Almodovar, accordant la part belle aux femmes, à leurs ressenties, à leurs vision du monde, rassemblant des personnages de toutes sexualités, unis et vibrants ensemble, regardés avec la plus grande bienveillance, s’il semble tout autant s’inscrire dans une continuité d’écriture, situant très rapidement le récit principal dans un autre récit narré, par celui que l’on identifie rapidement comme un avatar potentiel d’Almodovar, récit lui même mis à l’écran, il semble pour autant, par ses thématiques disions-nous, mais plus encore, par sa nature même ouvrir une nouvelle voie. Très loin de nous raconter une histoire, l’histoire d’un réalisateur en mal d’inspiration, ou même d’ausculter des états d’âme avec la justesse qu’on lui connaît, et d’ainsi faire jaillir l’émotion, très loin également de chercher à mettre tout cela en mouvement, dans l’allégresse, mais aussi avec une logique implacable, Autofiction se risque à la réflexion, presque philosophique, sur l’écriture, quelle soit ou non cinématographique, et ce en quoi elle influence le quotidien. En soi, Autofiction recèle en lui une grande part d’intime, mais un intime très peu perceptible, qui plus est pour son auteur. A la manière d’un Bergman, Almodovar, tout en brouillant les pistes presqu’à l’infini, nous parle en Je, un Je pensant, se regardant dans un miroir, et interrogeant sa position vis à vis des autres. Pour mettre à l’écran ce qu’il conviendrait de fait de nommer un essai, là aussi, il expérimente; plutôt que de faire en sorte que chaque personnage, chaque dialogue, chaque fait et geste, soit pensé en rapport avec un déroulé plus ou moins mystérieux qui finira par se résoudre et s’assembler, plutôt que de nourrir ce qu’il convient également d’appeler une forme dramatique d’une trame établie, en l’occurrence, celle du thriller; il nous livre différents possibles, inaboutis, avortés, interrompus, décousus, des écritures au dessus d’écritures, un procédé rappelant ni plus ni moins que l’acte créatif, passant par des idées, des raturages, des développements, des approfondissements intervenants tardivement dans le processus d’écriture. Peu avare de paradoxe, cette réflexion nous est livrée tout à la fois de manière brutale (ces premiers jets), et douce, puisqu’elle même présentée comme un enjeu dramatique, que la musique ne cessera de souligner. De quoi nous parle Almodovar ? De quoi voulait-il parler ? De quoi pourrait-il parler ? Suspense ! In progress !

