
Un film de Mundruczó Kornél
Avec: Amy Adams, Murray Bartlett, Chloe East, Brett Goldstein, Dan Levy, Jenny Slate, Rainn Wilson, Henry Eikenberry, Naheem Garcia
Après une longue rééducation, Laura retrouve sa famille dans leur maison de vacances au bord de la mer, où elle doit se réadapter à la vie compliquée qu’elle a laissée derrière elle. Elle est désormais contrainte d’affronter le prochain chapitre de sa vie sans la carrière qui lui a apporté la célébrité, la fortune et, surtout, son identité.
Notre avis : ★★
Kornél Mundruczó livre un portrait très bourgeois d’une femme, ancienne danseuse professionnelle, qui cherche à se reconstruire après des années où elle s’est peu à peu perdue et noyée dans l’alcool. Il confie ce rôle exigeant, à Amy Adams, méconnaissable, et dans l’ensemble très juste et convaincante, pour être au plus près de la réalité, de cet état psychologique très particulier qui est celui de quelqu’un qui se réveille et a en lui de multiples ressentis complexes qui s’entrecroisent, honte, colère, peur, volonté d’avancer, de se reconstruire, de reconstruire autour de soi, mais aussi peine, tentations, volonté de tout arrêter, et spleen. Assurément, le film le plus psychologique de Mundruczó, qui surprend par quelques moments d’acuité intéressants, un rythme patient et une sensibilité qu’on ne lui connaissait pas fortement – le geste semble sincère, documenté, et même personnel -, aux antipodes de ses réflexions plus métaphysiques dans ses précédents films, paradoxalement plus terre à terre, mais moins en prise avec le réel. Ceci ne suffit cependant pas à en faire un très bon film, à un film qui puisse aspirer à figurer au palmarès d’un grand festival. Ce récit, aussi sincère soit-il, aussi universel soit-il, manque de résonnance, et a déjà été traité avec force par bon nombres de réalisateurs, à une époque où certains pensent que le Cinéma doit se taire du point du vue politique, hélas le récit d’At the Sea semble advenir au mauvais instant, quant il y eut tant à dire. En l’inscrivant dans un univers hors sol, dans une maison luxueuse, issue d’une fortune bâtie par la fondation de Danse familiale, il pose de bonnes questions, autour de l’héritage familial, de la possibilité pour une personne hyper-ambitieuse de sacrifier sa vie familiale, voire de la détruire, psychologiquement, pour avoir consacrer toute sa vie à de très hautes ambitions artistiques, mais aussi, avoir chercher à tout prix la reconnaissance, le succès, la réussite, mais il les pose à un public qui dans la très grande majorité des cas ne pourra que très peu se reconnaître, s’identifier, ou même partager les préoccupations. En d’autres temps, moins tumultueux, moins angoissants, sa patine intimiste, son regard à la fois amer et optimiste (une reconstruction reste possible), nous eut paru plus percutants.

