
Après la mort de sa mère, Birahima, un jeune garçon âgé d’une douzaine d’années vivant en Guinée, part pour retrouver sa tante au Libéria. Il est accompagné de Yacouba, un étrange bonimenteur et grand frère de substitution censé le mener à bon port, mais le voyage ne se passe pas comme prévu et Birahima devient un enfant soldat malgré lui.
Avec Allah n’est pas obligé, Zaven Najjar signe son premier long-métrage en tant que réalisateur. Il ne s’agit pas de n’importe quel long-métrage, puisque le directeur artistique de La Sirène ( Sepideh Farsi ; 2021 ) s’attaque à l’adaptation du roman éponyme d’Ahmadou Kourouma, prix Renaudot et Goncourt des lycéens.
ROAD TRIP AU BOUT DE L’ENFER
Par le biais d’une animation en 2D colorée et saturée, à la dimension pop, Allah n’est pas obligé nous invite à imaginer avec l’adolescent ce que son voyage dangereux, et presque funeste, pourrait lui apporter. Intrigué et séduit par les promesses de Yacouba, l’American Dream s’invite dans les fantasmes de Birahima, regorgeant d’objets estampillés made in USA : dollars, chars, vêtements de marque . . . Comme s’il s’agissait de l’objectif final de chacun. Les musiques dansantes au rythme frénétique où résonnent des instruments traditionnels viennent atténuer l’extrême violence du film. Ainsi, l’intelligente et inventive utilisation de l’animation pour des séquences de rêves, d’hallucinations ou même d’explications, permet de contrebalancer les séquences plus sinistres. Le film se présente donc avant tout tel un voyage vers l’inconnu, un road trip vers la liberté, l’avenir et l’espoir.
LA NAÏVETÉ DE L’ENFANCE AU MILIEU DES HORREURS DE LA GUERRE
« Sans peur ni reproche ». Voici le leitmotiv que se répète Birahima à plusieurs reprises. Pourtant, le garçon se manifeste comme un personnage vulnérable et sensible qui pleure lorsqu’il en ressent le besoin. Quoi que les évènements dans son pays l’oblige à découvrir une facette du monde bien trop cruelle pour lui et son jeune âge, il conserve une douce naïveté propre à l’enfance dans son regard. Zaven Najjar nous rappelle la tragique réalité : Birahima est loin d’être le seul dans cette situation. Cependant, le réalisateur de La Sirène préfère présenter Birahima comme un simple témoin de la violence qui l’entoure, et non en tant que protagoniste. Il assiste à la mort de plusieurs de ses proches, et se rend compte de l’inutilité de leurs actes. Au final, le film prend soin de ne pas montrer la violence de manière excessive, mais seulement dans le but de la dénoncer.
UNE VOIX QUI NOUS INTERPELLE
L’omniprésence de la voix off donne au film toute sa dimension ironique. Interprété par un jeune rappeur ivoirien, SK 07, Birahima s’adresse directement à nous et brise le quatrième mur. Après une entrée in media res dans une bataille où les balles fusent, la voix forte et chantante résonne alors à nos oreilles pour se présenter. Amorcée par la curiosité de Birahima pour les définitions, l’intensité des mots demeure capitale. Encombré de ses dictionnaires qu’il ne quitte jamais, l’enfant découvre au fil du récit que les mots peuvent blesser, ou bien soigner. L’apprentissage et la compréhension de mots forts permettent à Birahima de partager son ressenti sur la vie qu’il se trouve obligé de mener. Par ailleurs, cette voix off donne également un contexte : sur l’histoire de son pays, les enjeux géopolitiques des conflits ainsi que le récit des personnages secondaires. Cette voix à l’étrange insouciance nous étonne et nous guide sur les pas de Birahima, « l’enfant maudit ».
Porté par la voix de Birahima, Allah n’est pas obligé possède une structure narrative étonnante à l’intrigue aussi terrifiante que pleine d’espoir. A la limite entre le tragique et le comique, Allah n’est pas obligé parvient à dénoncer le cruel destin des enfants-soldats tout en proposant une animation aux couleurs chaudes et des musiques traditionnelles entrainantes. La cinématographie riche et foisonnante ne laisse aucun détail au hasard. Il s’agit donc d’un pari risqué mais réussi pour Zaven Najjar.
Notre avis : ★★★★

