Site icon Le Mag Cinéma

A Prayer for the Dying de Dara Van Dusen

Un film de Dara Van Dusen

Avec: Johnny Flynn, John C. Reilly, Kristine Kujath Thorp, Gustav Lindh, Hilton Pelser, Andrew Whipp, Daniel Weyman, David Ganly, Peter Adame, Radka Caldová

Synopsis: En 1870, dans le Wisconsin, le shérif et pasteur d’une petite ville d’immigrants est appelé pour donner les derniers sacrements à un vagabond. L’histoire prend un tour tragique lorsque le médecin reconnaît chez l’homme les symptômes de la diphtérie. La petite communauté va devoir affronter une épidémie mortelle mais aussi un feu de forêt qui ne cesse de gagner du terrain.

Notre avis : ★★★★

Dara Van Dusen détroune les codes du western pour en faire le récit d’un combat dont l’issue semble, dès le départ, impossible à gagner.

Cette remise en question du genre passe d’abord par la mise en scène. La réalisatrice adopte un format 4:3 et une caméra particulièrement fixe, donnant aux paysages et aux personnages une présence presque picturale. Son sens du cadre est remarquable, les plans américains et les plans larges dominent tout en évitant le champ-contrechamp classique. Les personnages sont ainsi inscrits dans leur environnement plutôt que découpés les uns par rapport aux autres, comme si le paysage constituait déjà un personnage à part entière. Cette composition minutieuse s’accompagne d’une économie de montage. Les coupes sont rares et Van Dusen préfère laisser la caméra évoluer à l’intérieur du plan, par de lents panoramiques ou des dézooms qui permettent de passer progressivement du premier au deuxième plan.

A mesure que l’état émotionnel du protagoniste se dégrade, la caméra devient elle aussi moins fixe, moins rassurante. L’instabilité du personnage contamine alors la mise en scène. Le dispositif formel, d’abord rigoureux, semble perdre peu a peu son équilibre comme si la caméra ne pouvait plus contenir ce qui arrive.

A Prayer for a Dying se distingue alors du western traditionnel en prenant le parti de ne pas se reposer sur un conflit identifiable, une menace incarnée d’ordinaire par un individu et un affrontement dont le duel constitue l’aboutissement. Ici, aucune bonne décision ne s’offre véritablement au protagoniste. Il ne peut ni négocier avec la maladie ni vaincre la nature. Son impuissance devient donc l’enjeu dramatique: comme lutter lorsque l’adversaire n’est ni, ni rationnel, ni même combattable ?

Et lorsque le film touche à sa fin, le western laisse définitivement place à une forme de contemplation presque apocalyptique. Après avoir cherché à lutter contre ce qui ne pouvait être vaincu, il ne reste plus qu’à regarder. Le monde continue d’exister indépendamment des hommes, de leurs choix et de leurs tentatives de survie.

Quitter la version mobile