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Nocturama: crescendo [pour public averti – ou non]

Nocturama de Bertrand Bonello a de quoi surprendre, nous prendre en otage pour peu que l’on découvre son sujet, sans le connaître à l’avance, au fur et à mesure. En ceci, il nous semble très important de ne pas vous laisser la moindre idée du dit sujet, pour que vous puissiez en apprécier la première partie comme il se doit, comme si vous plongiez dans un Costa Gavras d’un bon niveau. Mais, par ailleurs, il est objectivement de notre devoir de vous avertir: le sujet est sensible – contemporain et marquant -, très fort même. Le traitement choisi plus encore, il déroute et peut déranger. Faut-il vous en avertir plus précisément, la question demeure … elle est assurément liée à notre jugement de l’oeuvre en elle même, veut-on vous inciter à découvrir Nocturama,  à le ressentir, ou non ?

Bien entendu, vous n’êtes pas sans ignorer que le réalisateur se nomme Bertrand Bonello, et que chacun de ses films précédents aime à traiter un sujet qui divise ou qui heurte, qui fascine également. Quoi qu’il ne soit nullement provocateur sur la forme, bien au contraire – son esthétisme est classieux, velouté -, sur le fond,  difficile d’en dire autant. Le parti pris de Bonello d’effacer systématiquement son propre point de vue, de se jouer d’une forme de voyeurisme – Saint Laurent accorde par exemple une large place aux mœurs-, trouble voire dérange. Son regard peut sembler pervers, interroge systématiquement les perversions.

Si on devait rapprocher son cinéma de celui de Lars Von Trier pourtant, nous ne le ferions pas sur ce terrain de la perversion : l’un use d’une provocation manifeste quand l’autre semble avancer à pas de loup , mais bien sur celui de l’esthétisme et de la recherche formelle. Bonello est avant toute chose un artiste, un auteur qui conçoit le cinéma comme un art, et les réalisateurs ne sont plus si nombreux à penser ainsi !

Nocturama est composé en trois actes, tous décortiquent et filent une mécanique parfaitement huilée. Le premier dépeint une organisation d’une très grande précision. Le sujet s’installe, se ressent, façon puzzle dans une première approche puis laisse la place  dans un second temps à une reconstitution. Le second ouvre un espace à l’expression artistique, au cinéma dont on sait Bonello amateur, la mécanique devient alors beaucoup plus désordonnée, l’horlogerie déraille. Le troisième acte répond au premier, clôt le second.

Les faits et gestes, les mouvements sont mis à l’écran. Bonello pense son histoire entièrement sous cet angle là, il omet sciemment de développer les aspects psychologiques, politiques, moraux, philosophiques d’une histoire qui en regorgerait. Le trouble et la peinture sont là. Le spectateur ne doit pas s’interroger sur les motivations nous dit-il, il doit constater le mouvement. Ici se situe la vérité de son cinéma, non dans la motivation de calquer le réel, de l’expliquer, d’en faire ressortir son expressivité. Les personnages se livrent à une chorégraphie orchestrée de main de maître, le récit visuel et sonore opère crescendo, une véritable tension se saisit inexorablement du spectateur, et en même temps, une forme naît.

La tension est généralement le terrain de jeu du cinéma de genre, Bonello nous prouve ici qu’elle peut aussi être un sujet de contemplation, un espace d’interrogation. Les cris sont rares, les réactions de panique tout autant. Les émotions semblent particulières, les réactions quasi endormies, a minima hypnotiques. Le tout va crescendo.

Que pouvons donc vous dire de plus ou de moins ? Peut être qu’Adèle Haenel et Luis Rego figurent au casting, dans de petits rôles, aux côtés des rôles plus consistants dévolus à Finnegan Oldfield, Vincent Rottiers, Hamza Meziani, Manal Issa, Martin Guyot, Jamil McCraven, Rabah Naït Oufella et Laure Valentinelli.

Quant au sujet en lui-même, vous l’aurez compris, on vous laissera le découvrir en salle !

 

 

 

 

 

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