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Bruno Reidal : pulsion de cruauté

Le 1er septembre 1905, un séminariste de 17 ans est arrêté pour le meurtre d’un enfant de 12 ans. Pour comprendre son geste, des médecins lui demandent de relater sa vie depuis son enfance jusqu’au jour du crime. D’après l’histoire vraie de Bruno Reidal, jeune paysan du Cantal qui, toute sa vie, lutta contre ses pulsions meurtrières.

Premier long-métrage de Vincent Le Port, diplômé de la Fémis en réalisation, Bruno Reidal a été Lauréat de la Fondation Gan pour le Cinéma. Le portrait dressé est celui de Bruno – de son vrai nom Jean-Marie – séminariste jugé pour le meurtre d’un jeune enfant.

Les médecins cherchent à comprendre les raisons qui ont pu pousser Bruno, élève brillant, à commettre ce drame. Le jeune homme entreprend alors de répondre à leurs attentes en écrivant des dizaines de carnet où il décrira des chapitres entiers de sa vie selon les thèmes voulus par ces premiers. Ces carnets, le réalisateur les a explorés afin de proposer dans ce long-métrage un véritable travail d’archive, où les évènements sélectionnés avec tact prennent vie sous la caméra, tout en étant compté par une voix-off, reflet des pensées intérieures de Bruno.

Avec sa posture à la Robert Hirsch dans une sorte de fuite en avant, un accent du cantal improvisé et une noirceur bien maîtrisée, Dimitri Doré livre ici un premier rôle sans faute en tant qu’acteur -d’habitude plus habitué à jouer dans des salles de théâtres-.

La voix-off joue un réel effet dans ce film ; plus l’on écoute ses textes et plus le spectateur éprouve de l’empathie pour la personne de Bruno. Ce que l’on normalise au fur et à mesure de l’écoute est finalement matérialisé dans toute sa violence à l’écran, et questionne la portée de notre empathie. La frontière de la morale devient brouillonne, la complexité de l’être-humain ne peut pas se résumer dans une relation de cause à effet entre un évènement singulier et le meurtre et cet embrouillamini n’est pas sans susciter de vives questionnements chez le spectateur.

Du côté technique, le réalisateur arrive à mettre en valeur ce petit bout de Cantal filmé sur deux mois d’été. Si certains plans fixes s’apparenteraient davantage à un bon téléfilm, des plans plus étonnants viennent contredire cette pensée (on pense notamment au magnifique travelling circulaire découvrant Bruno et Blondel sur leur rocher), et la photographie de certaines scènes est agréablement surprenante.

Vincent Le Port, sans aucune prétention, indique puiser son inspiration, notamment son usage de la voix-off, du célèbre Taxi Driver. Étonnamment, nous voyons plus dans ce premier long-métrage un écho au Juge et l’Assasin de Tavernier.

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