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Un siècle de canons féminins en une minute

Bouche réduite au minium en 1920 versus trop* grosse bouche de notre ère.

Ce n’est qu’un des contrastes frappants de cette vidéo assez édifiante, hantée par les spectres de Lilian Gish (les boucles de 1910 et la bouche de 1920), Joan Crawford ( 1930 et LA bouche qui déborde à coup de crayon carmin sur les deux cotés de la lèvres supérieure qui dicta LA bouche de toutes les actrices de son époque), Viven Leigh (1940 et sa coiffure tellement Scarlett O’ Hara)… Et tant d’autres.

 

Comment expliquer ces flashs cinéphiliques si prégnants à la vue de cette vidéo, surtout dans sa première partie ?

D’une façon simple : le cinéma était le seul média de masse mondialisé des décennies que nous avons mentionnées. Les archétypes émanaient de lui.  Sa suprématie régna longtemps.

L’exemple ultime de cette souveraineté ? Birgitte Bardot, qui a défini le canon actuel dès 1956, et qu’on ne retrouve pas exactement dans cette vidéo, si ce n’est par fragments. Et pour cause : B.B se situe, dans l’apogée de son influence, exactement entre 1956 et 1968. Au-delà des archétypes, de la dictature des producteurs, couturiers, coiffeurs et maquilleurs d’alors, elle créa, à son somptueux corps défendant, un archétype ultime qui obsède jusqu’à aujourd’hui -cheveux ruisselants faussement décoiffés, trop de cils, trop de fard noir et cette fameuse moue… inimitable.

A partir de 1970, les références et modèles ne sont plus forcément cinématographiques, en raison d’une duplication infinie des médias et donc des sources d’influence.

Exemples. Télévision : 1970  et Farah Fawcett (surtout connue pour son rôle dans la série « Drole de dames »). 1980 : Cindy Lauper voire Madonna et la révolution des clips d’MTV. Années 90 : chanteuses, Girls bands, top modèles. Années 2000 : tout médias (ciné, musique, publicité, mode, jeux vidéos). Années 2010 : Internet et ses blogueuses, ses « connues pour être connues » (non nous ne ferons pas de name dropping), ou simplement vous moi nous… ou votre voisine.

Paradoxalement, cette démocratisation n’a pas réellement diversifié les canons de beauté, au contraire, un modèle unique et inatteignable surnage : trop grande bouche, trop petit nez, cheveux trop longs et trop beaux pour être vrais, maigreur mais formes à certains endroit stratégiques, juvénilité même dans un âge avancé -une femme de 50 ans ou plus doit posséder une peau impeccable, des traits poupons, une silhouette d’adolescente. En somme une caricature de Bardot, un avatar abâtardi que la moitié du monde entier tente d’atteindre jusqu’à l’asservissement -au portable, à la chirurgie, à la maigreur, aux artifices, à la dictature du look en permanence, jusqu’à l’intimité.

On ne peut que le déplorer.

E.O.M

* »trop » car souvent « forcée » à coup de recours peu naturels : excès, excès de maquillage, retouches informatiques sinon injections ou chirurgie.

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